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Représentations et images des Collines de Guyenne

Les images des Collines de Guyenne jusque dans les années 1960 s’attachaient essentiellement à montrer cette campagne pittoresque rythmée par les lignes et les points des arbres fruitiers. Aujourd’hui, alors que le paysage a évolué du fait des transformations des modes de production agricole et de l’expansion urbaine, ce sont toujours ces mêmes motifs, expressions d’un passé en partie révolu qui, avec le patrimoine urbain des bastides, sont mis en valeur par les photographes amateurs et l’iconographie touristique.
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Monflanquin, carte postale, 1914
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 179/20

Selon le cinéaste René Clair qui décide de tourner en 1961 son film Tout l’or du monde à Castillonnès et dans ses environs, la région « symbolise un peu le paysage français ».

« C’est un paysage aux lignes sans vigueur, incisé par le chevelu d’une multitude de ruisseaux et de ruisselets, tout cloisonné de haies vives et où le tapis des bois et des grasses prairies, des vignes et des pruniers, compose un paysage verdoyant au possible, parsemé d’une multitude de « bordes » isolées dans un habitat dispersé au maximum. »

Maurice Luxembourg, Géographie du département de Lot-et-Garonne, Impr. G. Couderc, 1954

Villages perchés et campagnes fruitières

Dans les Collines de Guyenne, du fait peut-être d’une certaine mollesse générale des formes du relief, les photographies anciennes mettent en valeur chaque point haut occupé par un village ou un bourg dont la silhouette domine la campagne environnante. De nombreuses images mettent en scène ce caractère spécifique des paysages de l’unité. Le village émergeant d’un paysage agricole au parcellaire finement dessiné, figure assez fréquente et classique du Lot-et-Garonne, est personnalisée ici par l’omniprésence des arbres fruitiers.

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Monflanquin, début XXe siècle ; Monbahus, sd ; Saint-Pastour, sd, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_157 ; 7 Fi 174/8 ; 7 Fi 261/15

Les silhouettes des villages et les bourgs assis sur leurs buttes se dessinent à l’arrière plan d’un paysage agricole dans lequel les arbres fruitiers omniprésents animent l’espace. Dans ces représentations paysagères, ils attirent autant le regard que le motif de la ville perchée.

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Escassefort, vers 1910 ; Castelnau-sur-Gupie, 1914 ; Montastruc, sd, cartes postales anciennes
A gauche et au centre, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_267 ; 7 Fi 55/4 ; à droite, collection particulière

Moins nombreux que dans les images précédentes, les arbres fruitiers restent néanmoins un élément essentiel de la composition de ces trois paysages.

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Castelnau-sur-Gupie, sd ; Seyches, sd ; Miramont-de-Guyenne, 1914, cartes postales anciennes
A gauche et au centre, collections particulières ; à droite, Archives départementales de Lot-et-Garonne ; 7 Fi 172/25

Les cartes postales de Castelnau-sur-Gupie, à gauche et de Miramont-de-Guyenne, à droite s’intéressent à la représentation de la campagne pour elle-même, fait relativement rare dans l’iconographie paysagère du Lot-et-Garonne. Les représentations s’accommodent de la faiblesse des formes du relief compensée par le rythme des points et des lignes des arbres isolés, des vergers ou des haies. Au centre, la vue aérienne de Seyches met joliment en scène la géométrie de la composition urbaine qui fait écho à l’extérieur du village à celle des rangs de fruitiers.

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Monclar ; Monflanquin, 2015
Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne

Les images contemporaines reprennent - de manière moins systématique - le motif de la silhouette urbaine perchée. C’est surtout le cas pour Monflanquin dont la bastide et ses environs font partie des paysages les plus représentés des Collines de Guyenne.
Même si la campagne a évolué vers des parcelles plus grandes et une arboriculture rationnalisée, les représentations paysagères mettent toujours en scène le contraste entre la compacité des silhouettes urbaines et les grands dégagements visuels de la campagne alentour. Les arbres, moins nombreux et mieux rangés que dans les images anciennes, restent des faire-valoir identitaires majeurs des paysages représentés.

Le moulin à vent, un motif surtout contemporain

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Monbahus, 1910 ; Gontaud-de-Nogaret, sd, cartes postales ; Grateloup-Saint-Gayrand, photo 2015
A gauche, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 174/9 ; au centre, collection particulière ; à droite, Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne

Les moulins à vent sont assez présents dans les représentations des Collines de Guyenne. Mais ils sont davantage représentés pour eux-mêmes que comme motif de paysage. En témoignent les deux photographies des moulins de Gontaud-de-Nogaret et de Grateloup-Saint-Gayrand aux cadres très resserrés. Quand à l’image de gauche, datée du tout début du XXe siècle, les moulins de Monbahus disposés et alignés sur la crête sont montrés comme une curiosités pittoresque plutôt que comme les motifs d’un beau paysage.

Paysages urbains et bastide de Monflanquin

Comme ailleurs dans le département, les paysages urbains avec leur lot de places, de rues, de foirails peuplés de nombreux habitants faisaient partie des motifs privilégiés des cartes postales anciennes. Aujourd’hui, c’est l’architecture patrimoniale des villages et plus particulièrement des bastides - dans les Collines de Guyenne, Monflanquin se taille la part du lion - et le pittoresque des rues « médiévales » qui attirent le regard.

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Cancon, première moitié du XXe siècle ; Monflanquin, 1914 ; Monclar, 1910, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 48/22 ; 7 Fi 179/12 ; 7 Fi 177/1

Les photographies privilégient la représentation des rues et le bâti ancien qui les cadrent. A droite, à Monclar, l’ouverture à gauche d’un large espace ressemblant à un point d’eau qui bute à l’arrière plan sur un bouquet d’arbres, fait exception dans un fonds d’images de villages souvent « minérales »et resserrées sur la rue.

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A gauche et au centre, Monflanquin ; à droite, Cancon
Photos de gauche et à droite, Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne ; photo du centre, Bureau d’accueil de tournage de Lot-et-Garonne

Dans des cadres assez étroits, les représentations touristiques des paysages urbains mettent l’accent sur l’architecture et ses matériaux. L’image du centre complète la mise en scène de la rue par l’ouverture qu’elle offre sur le paysage lointain.

Nouvelles formes de représentations : art contemporain et médiation

Dans l’espace de l’unité des Collines de Guyenne, la résidence d’artistes de Monflanquin que fait vivre l’association Pollen et le travail de médiation autour du paysage qu’a développé notamment à Monbahus le CEDP 47 (association de sensibilisation aux paysages du département) proposent indirectement ou directement de nouveaux regards sur les paysages. Si les artistes invités en résidence à Monflanquin sont sans doute inspirés par les lieux, leur travail ne rend pas forcément compte directement de cette imprégnation, même si quelques uns d’entre eux, notamment des photographes, ont livré des œuvres « représentatives » des paysages de la bastide et de ses environs.
En revanche, le CEDP propose des lectures de paysages pérennes (c’est le cas de l’aménagement du point de vue de la butte du moulin de la vierge à Monbahus) ou occasionnelles lors de « ballades paysagères » accompagnées et commentées. Ces actions culturelles qui visent à un apprentissage ou à un renouveau du regard sur les paysages contribuent à la création de représentations inédites. Leur impact, face au poids de l’imagerie institutionnelle ou touristique, reste néanmoins marginal.

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Christian Garrier, Cancon ; Escassefort ; Monbahus, videos
Christian Garrier
Images extraites de La 25e heure, dvd interactif (commande du Caue de Lot-et-Garonne et de l’association Pollen, résidence d’artiste à Monflanquin), 2008

Comme si on y était : le photographe qui se fait ici vidéaste offre dans ce travail des stations de près de 3 minutes devant des paysages, pour certains situés dans les Collines de Guyenne. La vidéo qui donne à entendre la multitude de sons, à voir bouger les feuilles des arbres, à saisir parfois l’intrusion dans le cadre de « populations », offre une plus grande immersion dans le paysage que ne le permet la photo – deux au lieu d’un seul des cinq sens sont stimulés.

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Monbahus : « Simple bande tondue dans la prairie, le sentier mène à la butte du moulin de la Vierge, surplombant le village de Monbahus ».
CEDP

Dans le cadre de l’aménagement d’un sentier d’interprétation paysagère (photo de gauche), la borne d’interprétation, représentation plus pédagogique que sensible, permet une lecture diachronique du paysage grâce à la comparaison que peut faire le spectateur entre l’état des lieux au début du siècle représenté par la carte postale ancienne et sa situation actuelle.