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Représentations et images de la Vallée du Lot

Avec ceux de la Garonne, les paysages de la vallée du Lot bénéficient des représentations parmi les plus nombreuses et variées du département. Vues plongeantes et surplombantes, souvent panoramiques à partir des belvédères des coteaux ; vues plus intimes, expressions d’ambiances saisies à partir des rives de la rivière ou de son cours lui-même quand on y navigue ou le traverse… les images de paysage, qu’elles soient anciennes ou contemporaines, affirment le pouvoir d’aimantation de la rivière et la sublimation toujours en cours des paysages de la vallée.
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Raoul Dastrac (1891-1969), L’église de Nicole et le confluent, fusain, sd, Musée Raoul Dastrac, Aiguillon
Image extraite du site Internet consacré au peintre originaire d’Aiguillon

A partir du Pech de Berre, le peintre aiguillonnais Raoul Dastrac dessine le paysage au confluent de la Garonne et du Lot, un des sites emblématiques de la vallée et du département. Ce dessin est d’autant plus intéressant qu’il associe, dans un même cadre, la silhouette du bourg de Nicole d’où émergent le clocher de l’église et deux arbres extraordinairement élancés, au grand développement du relief de la vallée. Le peintre offre ici une vision ample – le regard porte très loin, bien au-delà de la vallée - et humaine du paysage du confluent.

« La vallée du Lot, large et, surtout vers Clairac, d’une fécondité proverbiale dans une des contrées les plus prospères pourtant du Midi, est dominée par des collines abruptes, à pans élevés de près de 150 mètres au-dessus de la rivière. Du sommet de ces collines, mais principalement de celles de Castelmoron (194 mètres) et de Laparade, le regard est comme ébloui par un magnifique panorama de champs, de prairies, de vignobles, de vergers, de riches villages ; la vue n’est pas moins belle du haut du coteau escarpé de Nicole ou Pech de Beyre (165 mètres), qui commande le confluent du Lot et de la Garonne et les fertiles campagnes d’Aiguillon.  »

Adolphe Joanne, Géographie du département de Lot-et-Garonne, Hachette, 1881

« La cité maîtresse ici c’est Villeneuve, qu’on surnommait d’Agen, mais les Villeneuvois, agacés d’être subordonnés nominativement à un amas de maisons qu’ils n’estimaient pas supérieur au leur, ont imposé le déterminatif de : sur Lot. En de merveilleuses campagnes, dignes du nom de jardin, les bourgs du Val sont Sainte-Livrade, Castelmoron, Clairac, enfin Aiguillon, proche du confluent. Ses eaux, louches dans le haut pays, du fait des schistes et autres éléments de rayure et souillure, déposent en route leur bourbe au long des méandres ; elles se régénèrent aux fonts vives du Causse, et le Lot finit en rivière limpide, entre collines chargées de pampres, ombragées des pruniers qui sont une des grandes richesses de l’Agenais : de la Garonne au du Lot au Drot, la fleur du prunier est une des grâces du printemps et son fruit une opulence de l’automne. »

Onésime Reclus, À la France : sites et monuments. Sur la Garonne, Gers, Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Touring-club de France, 1903

Une vallée panoramique

Les coteaux assez élevés, surtout en rive droite du Lot, favorisent les prises de vues panoramiques sur la vallée et parfois bien au-delà. Les belvédères eux-mêmes sont des sujets de représentation, comme à Penne d’Agenais, où trois points de vue différents sont identifiés par la carte postale ancienne. Si la tendance est, depuis les années 1950, à la prise de vue aérienne pour rendre compte des paysages, certains points de vue sont encore bien valorisés pour eux-mêmes par la carte postale et l’édition touristique contemporaine. C’est le cas par exemple du Pech de Berr, de l’esplanade de Laparade ou de la terrasse du château de Fumel.

Belvédères et vues sur la vallée

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De gauche à droite : Aiguillon, Fumel, cartes postales années 1950-1970
Collection particulière

En rive droite ou gauche du Lot, les coteaux offrent de grandes vues dégagées sur la rivière et la vallée. A gauche, le point de vue aménagé permet une vue très large sur la vallée cultivée que colonise au loin la ville. Sur les deux photos de droite le point de vue des terrasses du château de Fumel offre à partir du même lieu deux ambiances très différentes : d’un côté (photo du centre), une vallée agreste encadrée par des coteaux abrupts et boisés ; de l’autre (photo de droite), le paysage industriel du fond de vallée soigneusement mise en scène en jouant sur le contraste du premier plan des vieilles pierres de la terrasse du château surplombant l’ensemble.

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Esplanade de Laparade ; Point de vue à partir de Laparade, carte postale, sd
Photo de gauche, Bureau d’accueil de tournage de Lot-et-Garonne : BAT47 ; A droite, Collection particulière

Ces deux photographies contemporaines mettent successivement en scène le site de l’esplanade de Laparade et son panorama. A gauche, dans cette image issue du site Internet du bureau d’accueil de tournage de Lot-et-Garonne, c’est le belvédère qui est mis en valeur pour ses opportunités de mise en scène, de décor, d’intrigue. A droite, la carte postale qui représente ce que l’on voit à partir du point de vue, focalise le regard sur le ruban bleu du Lot qui irrigue une vallée riche et prospère dont le cours se perd au loin vers l’horizon barré par une grande ligne horizontale et bleutée d’un plateau lointain.

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Pech de Berre : site du Confluent ; Point de vue à partir du Pech de Berre
Photos : site Internet du CDT47

C’est la qualité de belvédère et accessoirement de départ de parapente du Pech de Berre qui est scénarisée dans l’image de gauche. A droite, c’est la vue qu’il offre sur le site de la confluence, un des principaux paysages « naturels » et intemporels représentés de la vallée du Lot. On notera la présence du TGV comme figure de modernité à l’instar de la locomotive fumante des paysages de la peinture impressionniste et de la photographie de la fin du XIXe siècle.

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Penne-d’Agenais, Vue de la Plaine du Lot prise de la Tour Saint-Michel, sd ; Le Tournant des Promenades, 1911, cartes postales
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 207/22 ; 7 Fi 207/18

Penne-d’Agenais, perché sur un coteau en rive gauche du Lot offre de magnifiques points de vue sur la vallée et les paysages qui l’entourent.
Les deux cartes postales anciennes, certainement datées du début du XXe siècle, montrent deux types de représentation des belvédères sur le Lot et des paysages qui y sont associés. Le premier, dans une optique quasi romantique, est situé dans une campagne assez austère qu’une ruine de tour et quelques moutons viennent animer. Le paysage à l’arrière plan s’ouvre sur le cours du Lot entouré de champs et de prairies dégagés de tout obstacle visuel.
Le second belvédère, plus urbain, présente des points de vue qui ont été volontairement aménagés et dégagés pour que chacun puisse bénéficier du large panorama sur la vallée qui paraît ici beaucoup plus habitée que dans l’image de gauche. La représentation du Lot et de la vallée apparaissent en toile de fond du motif du belvédère et de la promenade plantée.

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Penne d’Agenais, vues sur la vallée, cartes postales anciennes et modernes, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 207/50 ; Collection particulière

L’image de gauche, de grande qualité, privilégie la représentation du paysage à celle du belvédère à partir duquel il est perçu. A droite, en mettant en scène la table d’orientation devant le paysage, le photographe fait le compromis entre ces deux partis de la représentation paysagère.

Le long de la vallée en avion

Depuis les années 1950, la photographie aérienne est un des modes de représentation des paysages les plus prisés. La vallée du Lot se prête particulièrement à l’exercice. Ces images, si elles ont l’avantage de donner une sorte d’état des lieux et de mettre bien en évidence l’importance de la figure du Lot, ont du mal toutefois à rendre compte des ambiances. C’est en effet la rivière qui donne presque toujours du caractère à des paysages urbains parfois banals ou banalisés et qui ajoute davantage encore de personnalité à une campagne souvent joliment jardinée. Il en est de même des grandes parcelles cultivées ou des prairies à proximité de la rivière qui mettent également en valeur sa lumière et sa couleur. Les ouvrages d’art, ponts, barrages, les silhouettes des bourgs groupés et à proximité de la rivière sont également des événements que les photographes ne manquent pas de souligner.

Les photos suivantes représentent la vallée du Lot d’amont en aval.

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Fumel ; Monsempron-Libos ; Saint-Sylvestre-sur-Lot, sd, cartes postales, vues aériennes
Collection particulière

L’image de gauche, plus ancienne, appréhende avec une véritable esthétique le paysage, le cadrage mettant en valeur ses composantes et leur agencement dans l’espace. Les deux photographies de droite, plus verticales, au cadrage incertain, ont tendance, malgré la figure du Lot bien présente et en couleur, à banaliser (image de droite) ou à accentuer la banalité (image du milieu) des lieux.

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Fongrave, sd ; Le Temple-sur-Lot, 1960-70 ; Le Temple-sur-Lot, sd, cartes postales
A gauche et à droite, collection particulière ; image du centre, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 307/13

Pareillement, deux premières images aériennes ont tendance à écraser le paysage et à rendre les sites quasiment interchangeables. Mais elles permettent toutefois de rendre compte de l’importance des motifs urbains le long de la rivière que les espaces ouverts des prairies ou des cultures mettent en valeur. C’est particulièrement le cas dans la photo de droite, mieux composée, où la présence de l’horizon et du ciel donne de la profondeur au paysage.

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Castelmoron-sur-Lot ; Clairac ; Aiguillon, cartes postales, sd
Collection particulière

Les ouvrages d’art comme le barrage de Castelmoron ou encore les ponts sont des points de focalisation importants. Il est dommage que les cadrages éloignent ici le spectateur de la sensibilité de ces paysages dont on pressent pourtant les qualités.

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Penne-d’Agenais ; Villeneuve-sur-Lot ; Casseneuil, sd, cartes postales
A gauche et à droite, collection particulière ; image du centre, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 322/1317

Les vues lointaines de Villeneuve-sur-Lot et de Casseneuil tendent à représenter la ville comme un objet compact, à la forme naturellement évidente et définie. Quel que soit le paysage, ses beautés ou au contraire les faiblesses, elles tendent à leur donner quoi qu’il en soit une cohérence formelle toujours évidente… mais pas toujours perceptible sur le terrain.

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Vue panoramique sur les coteaux de Seillade, sd ; Vue panoramique sur le Lot et vers le Pech de Berre, sd, cartes postales, vues aériennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 65/40 ; Fi 65/39

Ces deux photographies aériennes anciennes, bien composées, aux points de vues plus horizontaux, sont capables de rendre compte du paysage et de ses structures.

Ambiances et motifs de bords du Lot

Le Lot est aussi représenté dans ses ambiances de rives urbaines ou champêtres. Peintures et cartes postales anciennes rendent compte de l’attachement des artistes et des photographes au motif du cours d’eau ainsi qu’à ceux qui y sont associés (façades urbaines, ponts, moulins, barrages…). Aujourd’hui, les images représentent essentiellement le Lot et ses rives quand ils sont le support de pistes cyclables, de chemins de randonnée ou d’activités nautiques.

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Jean-Claude Schenck, Villeneuve-sur-Lot, Le Vieux Pont, sd, Musée Gaston Rapin
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 322/109











Cette belle représentation de Villeneuve-sur-Lot met en exergue le motif du pont ancien dont les arches se reflètent dans le miroir de la rivière et ouvrent des fenêtres démultipliées sur le paysage de la ville.



Moulins

Les moulins sont nombreux le long des rives du Lot et sont très présents dans les représentations anciennes.

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Aiguillon - Moulins sur le Lot, sd ; Penne ; Peyragude, vue du Port de Penne, sd ; Casseneuil, Pont suspendu et rives du Lot, 1907, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, Fi 4/3 ; 7 Fi 322/109 ; 7 Fi 49/4

Par leur architecture souvent massive et les activités qu’ils évoquent, les moulins contribuent à donner à un paysage plutôt bucolique et folklorique une profondeur économique et historique. C’est le cas dans ces trois images dans lesquelles le moulin est montré comme l’acteur principal de la scène.

Loisirs anciens et modernes

La rivière est un lieu privilégié de détente et de plaisir. Le paysage de la vallée du Lot est aussi regardé sous cet angle depuis au moins la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, activités de loisirs et tourisme sont les principaux prétextes des représentations du Lot.

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Sainte-Livrade, La Cale - Vue prise sur le Lac, 1905 ; Clairac-Plage, sd ; Villeneuve-sur-Lot, Le Pont - Une Fête sur l’eau, vers 1910, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 285/5 ;7 Fi 65/1 ; 7 Fi 322/217

Pêche, lessive, promenade, bains, pique-nique, jeux nautiques… Dans ces cartes postales du début du XXe siècle, le Lot est montré comme un espace où les habitants, nombreux, se retrouvent pour des activités variées. Cette proximité avec la rivière leur permet de savourer pleinement le paysage proche et lointain de la vallée.

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A gauche et au centre, Fumel, 2015 ; à droite, Véloroute de la vallée du Lot
Office de tourisme de Fumel ; CDT 47

Ces images touristiques montrent des paysages plus figés où la présence des « populations » se fait très discrète, l’ensemble créant des représentations plus insignifiantes.

Panoramas au ras de l’eau

La vallée du Lot se prête particulièrement bien aux vues larges : rivière épanouie entre ses coteaux boisés ou bâtis, végétation des rives sont mises en valeur par ce mode de représentation.

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Castelmoron-sur-Lot, le quai Fonfrède et le coteau, 1937 ; Villeneuve-sur-Lot, vue des quais et vieux pont sur le Lot bâti au XIIIe siècle, début XXe siècle ; Villeneuve-sur-Lot, panorama du Lot, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 54/6 ; 7 Fi 322/165 ; 7 Fi 322/35

Les points de vue choisis par les photographes et plus généralement la qualité de la composition de ces trois images donnent au paysage de la vallée du Lot de très grandes qualités graphiques. La présence de femmes et d’enfants sur les berges, du bateau sont aussi des éléments qui ajoutent à la sensibilité des lieux.

Une campagne en arrière plan

Le Lot et parfois ses affluents focalisant les regards, la campagne alentour est peu présente dans les images pour elle-même. Dans les grands panoramiques, vue de loin, elle est plutôt évoquée que représentée.

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Saint-Georges, Vue générale, côté sud, début XXe siècle ; Le Dallement, près de Clairac, sd, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 243/1 ; 7 Fi 65/57

Les lignes souples et courbes du relief des coteaux que soulignent le dessin des routes et des chemins et qu’aucun obstacle ne vient fractionner font la personnalité de ces images de campagne. A gauche, la situation du village groupé et perché participe également à la composition générale. A droite, c’est la maison de repos qui est le prétexte à la prise de vue, mais le photographe en profite pour donner une image de campagne pittoresque et animée par la présence du paysan et de ses bêtes.

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Cueillette de la prune d’ente à Chalaret, commune de Penne, 1910-1920 ; Bourran , sd ; Monsempron, 1900-1920, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_41 ; 7 Fi 38/2 ; 40Fi_65

Ces images de campagne plate de fonds de vallée sont avantageusement animées par les fruitiers plantés dans des vergers ou sous forme d’arbres isolés. L’arbre fruitier est devenu un des motifs génériques de la campagne lot-et-garonnaise valorisé par la carte postale et l’imagerie touristique. Mais ces représentations ne sont que très rarement localisées.

Fumel et Villeneuve-sur-Lot : deux villes et deux paysages de vallée

Les images de Villeneuve et de Fumel font partie des identifiants paysagers de la Vallée du Lot. A Villeneuve, les images anciennes de paysage se concentrent surtout sur l’architecture de la bastide et sur les rives du Lot, tandis qu’à Fumel elles célèbrent davantage son caractère industriel.

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Villeneuve-sur-Lot, le vieux pont
Office départemental du tourisme de Lot-et-Garonne ; Office de tourisme du Grand Villeneuvois

A Villeneuve, les représentations de la ville ont peu évolué d’autant que la communauté d’agglomération du Grand Villeneuvois bénéficie depuis 2012 du label Art et histoire fixant ainsi plus fortement encore ces représentations dans le passé. Car malgré une charte paysagère et donc la proposition de nouvelles représentations, de nombreuses conférences et ateliers autour du paysage et de son évolution, ce sont les images touristiques axées sur le patrimoine architectural et un paysage de vallée idéalisé et immuable qui aujourd’hui encore s’imposent. Le vieux pont est certainement le motif le plus représenté de la ville.

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Fumel, usines et Lot, 1904-1915 ; Fumel, Le Lot-et-Garonne pittoresque, L’usine, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 105/57 ; 7 Fi 105/18
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Fumel
Office de tourisme de Fumel, vallée du Lot

A Fumel, les représentations anciennes et « pittoresques » de la vallée envahie d’usines et de cheminées ne sont plus de mise. Elles ont cédé le pas à des images plus aimables mais aussi plus banales où les rives du Lot se sont faites plus « naturelles » et accueillantes.