Contenu

Dynamiques et enjeux paysagers de la Vallée du Dropt

Dynamiques paysagères de la Vallée du Dropt

La comparaison des cartes et photos aériennes permet de révéler les évolutions du paysage.

JPEG - 635.4 ko
Vallée du Dropt - Carte d’Etat-major 1850

La carte d’Etat-major montre une occupation du sol calée sur la topographie : les prairies (bleu-vert) forment un cordon continu dans tous les fonds de vallée tandis que les cultures occupent les terrains moins humides. La bastide de Miramont présente un bâti encore contenu dans son plan initial. Enfin de nombreux écarts ponctuent les versants.

JPEG - 504.7 ko
Vallée du Dropt - photo aérienne IGN 1945

En 1950, les évolutions sont modestes. La photographie permet toutefois de préciser l’occupation du sol. Le cordon de prairies encadré par les ripisylves et quelques haies accompagne les fonds de vallée. Les haies sont également présentes sur de nombreux versants, formant un paysage de bocage discontinu. Le parcellaire agricole est de très petite taille, peu de parcelles dépassent les 2 ha. A Miramont l’évolution est plus marquée. La ville a commencé à s’étendre au-delà de son cœur historique, prolongeant le plan en damier en direction de l’Est.

JPEG - 679 ko
Vallée du Dropt - photo aérienne IGN 2012

En 2012, les évolutions sont nombreuses, le paysage a radicalement évolué en 60 ans.

L’agrandissement parcellaire

L’évolution du parcellaire agricole est impressionnante. Sur les replats et les hauts, certaines parcelles dépassent les 10 ha. Cet agrandissement s’est accompagné d’une simplification de la trame arborée, qui a par endroits totalement disparue. Dans les vallons le parcellaire est resté de taille plus modeste et la trame de haies est encore très présente.

Le brouillage paysager du fond de vallée

Dans la vallée de la Dourdène, le paysage s’est considérablement complexifié. Les prairies sont désormais mêlées avec des champs de maïs, des bois et des peupleraies, créant un paysage imbriqué et compartimenté qui contribue à brouiller la lisibilité de la vallée. Par ailleurs de nombreuses constructions se sont également rapprochées du cours d’eau contribuant un peu plus au cloisonnement du paysage.

Le développement urbain de Miramont

JPEG - 681.4 ko
Vallée du Dropt évolution du bâti entre 1945 et 2012

L’extension urbaine de Miramont est spectaculaire. La ville a plus que quintuplé sa superficie de 1945. Le plan en damier n’a cette fois pas été pris comme modèle. Les extensions se sont implantées le long des axes rayonnant sur le centre formant un urbanisme extrêmement étalé, qui enclave de nombreuses parcelles agricoles. Chaque opération semble s’être faite de façon autonome sans qu’une cohérence d’ensemble ne soit assurée. Le développement bâti s’est également réparti sur les hameaux et écarts existants contribuant à un mitage par tâche ou linéaire le long de quelques routes.


Enjeux paysagers de la Vallée du Dropt

JPEG - 1.1 Mo
Vallée du Dropt bloc-diagramme des enjeux paysagers

Conserver la place de l’arbre au sein des grandes cultures

L’évolution des pratiques agricoles et l’augmentation de la taille des parcelles depuis l’après-guerre ont entraîné une diminution de la présence de l’arbre. Cette tendance se poursuit aujourd’hui, créant des secteurs plus dénudés. La présence de l’arbre joue un rôle important dans la perception du paysage de la Vallée du Dropt. Qu’il soit sous forme de boisement, de bosquet, de rideau, de haie, de verger ou d’arbre isolé, il établit un contraste avec les cultures et structure les vues par son graphisme plus sombre et son port dressé. Cette armature arborée du paysage mérite une attention particulière afin de la maintenir et de la renouveler. Les abords des chemins, peuvent être le support de cette végétation et concilier desserte agricole et découverte du paysage. L’arbre permet aussi de lutter contre l’érosion, de réguler la teneur en eau des sols, participant ainsi à la qualité agronomique des sols. Cet enjeu est à coordonner avec la démarche Trame Verte/Trame bleue.

JPEG - 1.3 Mo
Conserver la place de l’arbre au sein des grandes cultures

Pistes d’actions envisageables
- Concilier le maintien de la trame arborée et l’évolution du parcellaire.
- Veiller à maintenir l’arbre dans le paysage. Renouveler les arbres vieillissants. Inciter à replanter des arbres de haut jet pour l’avenir.
- Cibler les actions de replantations sur les secteurs qui se sont le plus ouverts.
- Entretenir et renouveler les haies. Constituer des réseaux de haies avec des continuités.
- Entretenir et replanter des alignements d’arbres le long des routes.
- Maintenir ou renouveler les arbres identitaires (cèdres, pins parasols) qui signalent domaines et fermes.

Mettre en valeur les cours d’eau et les fonds de vallée

Compte tenu du relief doux et de la présence arborée, la lecture de la vallée du Dropt (sauf dans la partie aval vers Duras) reste aléatoire. Les rivières et leurs abords restent peu perceptibles voir très confidentiels. Le Dropt traverse la totalité de ce territoire d’Est en Ouest. Il était auparavant navigable et au cœur de l’activité artisanale avec les moulins. Il est important de travailler sur la valorisation de sa présence afin de donner un repère à la vallée et de permettre la découverte d’un élément autrefois central. Le cloisonnement du fond de la vallée ou son enfrichement, ou a contrario la mise en culture intensive de ses abords amoindrissent sa présence. La lisibilité du cours d’eau et de la ripisylve qui l’accompagne, participe à une bonne perception des lieux. L’ouverture des fonds en prairies permettent également de favoriser leur présence. Plus largement cette valorisation s’applique aussi aux vallons secondaires. Les fonds de vallée et des vallons forment également un atout important pour la politique Trame bleue /Trame verte en jouant un rôle écologique important (filtration, retenue des terres, continuité arborée…).

JPEG - 1.5 Mo
Mettre en valeur les cours d’eau et les fonds de vallée

Pistes d’actions envisageables
- Donner accès au cours d’eau. Créer ou rouvrir des chemins le long du Dropt.
- Soigner les abords des ponts (éclaircie de la végétation) qui constituent des points de découverte privilégiés des cours d’eau. Mettre en valeur les petits ouvrages autour de l’eau.
- Mettre en valeur le patrimoine lié à la navigation et aux moulins.
- Soigner les abords du Dropt dans les bourgs.
- Gérer et entretenir la ripisylve qui signale le passage de l’eau.
- Conserver des espaces enherbés et une végétation liée au passage de l’eau dans les fonds de vallons.
- Limiter les friches, les saules et les arbres pour conserver les ouvertures des fonds.
- Réfléchir le développement des peupleraies vis-à-vis de l’échelle du vallon ou de la vallée. Éloigner les peupleraies des abords immédiats des bourgs.

Mettre en valeur les sites urbains singuliers

Cette vallée recouvre une diversité de villages qui se fondent dans le paysage. Compte tenu de l’évasement de la vallée du Dropt, les implantations urbaines, hormis Duras, restent discrètes. Les villages révèlent un charme simple et discret tout en nuances. Certains se distinguent plus particulièrement par leur situation en belvédère. Ainsi Duras revêt une perception étonnante. Le village et son château en proue à la confluence de la Dourdèze et du Dropt sont visibles de très loin. Toutes les vues vers lui constituent donc un enjeu, même depuis le fond de la vallée. Sur cette partie de la vallée aval du Dropt, les vis à vis entre les villages méritent aussi de rester perceptibles, notamment depuis Lévignac-de-Guyenne ou encore Monteton. Castillonnès, bastide sur un léger relief, forme un autre point de repère mais la végétation masque en partie sa présence. D’autres bourgs ou villages (Miramont-de-Guyenne, Allemans-sur-Dropt, La Sauvetat), implantés le long des rivières, méritent une attention particulière pour mettre en valeur leur rapport à l’eau, dont la présence constitue un atout. La structure du village et ses particularités internes, la composition avec le relief et l’eau, le maintien de belvédères, la gestion de la végétation et de l’espace agricole alentour, constituent des clés pour faire perdurer l’attractivité de ce territoire.

JPEG - 1.4 Mo
Mettre en valeur les sites urbains singuliers

Pistes d’actions envisageables
- Mettre en valeur les sites d’implantation des villages et des bourgs : village de confluence, sur crête, sur versant, au contact des rivières. Révéler les particularités du site (éperon, butte, rupture de pente, crête, fond de vallée). Valoriser les éléments singuliers qui donnent au bourg son côté unique (belvédère, place centrale, bord de rivière..).
- Dégager la végétation aux abords des villages pour conserver leur lisibilité (Castillonnès, Villeréal). Soigner les parcelles agricoles formant l’écrin du village ou du bourg.
- Porter une attention particulière aux routes d’accès et aux entrées.
- Valoriser le patrimoine bâti (monumental, religieux) et les formes urbaines historiques (bastide, bourg castral).
- Respecter l’échelle du village et sa silhouette dans son développement. Prendre en compte la structure du village et de son site dans les projets d’extension.
- Préserver la silhouette groupée du bourg et éviter le mitage des abords et des entrées.
- Restaurer et dynamiser le bâti délaissé dans les centres bourgs. Identifier et promouvoir les bonnes solutions de rénovation.
- Conserver l’esprit et l’harmonie des lieux dans les aménagements des espaces publics.

Préserver le patrimoine bâti isolé

Des petits groupes bâtis isolés ponctuent la vallée du Dropt. Constitués d’une ferme ou d’une maison de maître ainsi que de leurs annexes (granges, pigeonniers), ils présentent une valeur patrimoniale non négligeable. Parfois de nouveaux bâtiments nécessaires à l’exploitation sont venus s’y accoler en accord ou en rupture avec le bâti existant. Souvent de grands arbres accompagnent l’ensemble, venant magnifier les lieux. Ces petits ensembles, outre leurs qualités architecturales, ont été implantés en adéquation avec leur site et composent avec le paysage environnant. En situation de belvédère, sur le bombement d’une colline, ou bien encore à mi-pente sur un versant, chaque groupe bâti révèle une qualité et une harmonie que l’on rencontre peu dans les constructions récentes disséminées au sein des terres agricoles. Une réflexion s’impose lors de l’adjonction de nouvelles constructions liées à l’habitat ou à l’exploitation agricole afin de ne pas banaliser les lieux. La qualité des petits groupes bâtis patrimoniaux mérite une grande attention afin d’encourager leur préservation en respectant leur qualité originelle.

JPEG - 1.3 Mo
Préserver le patrimoine bâti isolé

Pistes d’actions envisageables
- Sensibiliser les propriétaires à l’intérêt du bâti et à la spécificité de leur implantation.
- Créer des réseaux pour mutualiser les moyens (aide technique et financière, liens avec les associations, référence d’artisans spécialisés).
- Inventorier et réhabiliter le patrimoine isolé : moulin, pigeonnier, chapelle...
- Soigner les adjonctions de bâtiments aux fermes ou maisons de maîtres existantes. Réfléchir à l’implantation et à l’architecture des nouveaux bâtiments agricoles.
- Veiller à la cohérence des lots en cas de divisions de propriétés pour favoriser l’intégrité du bâti et son avenir.
- Favoriser leur visibilité en évitant l’enfrichement de leurs abords ou des plantations trop denses.
- Maintenir ou renouveler les arbres identitaires (cèdres, pins parasols) qui signalent domaines et fermes.

Maîtriser les extensions villageoises et le mitage

Le développement de l’urbanisation est variable au sein de la Vallée du Dropt. Les abords des villages et des bourgs ont vu pour certains leur physionomie changer. Des lotissements et des implantations au coup par coup, parfois isolées, se sont implantés à travers ce territoire. L’urbanisation constitue un élément d’évolution très visible, mais surtout irréversible. Des extensions bâties mal positionnées peuvent altérer la lisibilité de la silhouette du bourg. L’urbanisation linéaire et le mitage desservent la qualité des paysages. La façon dont les nouvelles habitations sont organisées entre elles et connectées au reste du bourg conditionne la qualité des lieux. L’idée est de créer de véritables « quartiers » plutôt que des lotissements stéréotypés sans aucun lien avec la logique urbaine du village. Ce qui fait la particularité du site initial d’implantation (relief, rivière, carrefour, site défensif…) constitue une qualité à mettre en valeur pour que chaque bourg puisse continuer d’affirmer son identité propre. L’adéquation des nouvelles constructions avec le site constitue un enjeu majeur à prendre en compte pour conserver une harmonie et une cohérence, garants d’une qualité paysagère des lieux.

JPEG - 1.4 Mo
Maîtriser les extensions villageoises et le mitage

Pistes d’actions envisageables
- Préserver la silhouette groupée des villages. Harmoniser le développement en fonction du relief. Etre vigilant sur l’emplacement, les volumes et les couleurs des nouvelles habitations.
- Prôner un développement durable et économe de l’espace dans les documents d’urbanisme. Interdire l’urbanisation linéaire et le mitage. Ne pas lotir des parcelles isolées ou éloignées du village.
- Dynamiser les centres bourgs pour inciter la restauration des habitations. Faire évoluer le bâti ancien en centre bourg pour mieux correspondre à la demande actuelle (restructuration d’îlots).
- S’inspirer du bâti existant et favoriser l’alignement des façades ou des pignons et la mitoyenneté qui font le charme des centre-bourgs.
- Envisager d’autres formes d’urbanisation que le lotissement au profit de quartiers reliés avec le centre bourg. Créer de nouvelles voies et un maillage viaire.
- Veiller à l’impact paysager des bâtiments d’activité en périphérie. Requalifier les abords des zones d’activités situées le long des axes départementaux.
- Soigner les périphéries des villages : plantations, chemin de tour de village, abords du cimetière...
- Préserver les ceintures de cultures diversifiées autour des villages.

Mettre en valeur les espaces publics

Les espaces publics offrent une découverte du cœur de la cité mais parfois aussi des vues en belvédère ou un contact intime avec le cours d’eau. L’entrée et le cheminement jusqu’au centre constituent la première impression du village ou du bourg. L’entrée dans l’urbanisation forme une transition entre les cultures et un environnement bâti. Elle doit apporter un changement d’échelle après un parcours routier. La route fait place aux rues dont la qualité d’aménagement est importante pour le cadre de vie des habitants. Les espaces publics, comme les places, sont des points stratégiques à soigner pour conserver le cachet du bourg et sa convivialité. Ils ont un fort pouvoir d’attraction pour les nouveaux résidents à venir et l’image de la cité. Dans le bourg la création d’une nouvelle place ou d’une avenue permet d’articuler un nouveau quartier avec l’existant. Les espaces publics sont aussi un formidable vecteur pour relier le village à son entourage par des chemins et des circulations douces (continuité des aménagements à promouvoir). Les aménagements pour améliorer le cadre de vie des habitants doivent conserver une simplicité pour garder l’harmonie et le charme des villages.

JPEG - 1.7 Mo
Mettre en valeur les espaces publics

Pistes d’actions envisageables
- Mettre en valeur les lieux urbains en belvédère.
- Valoriser les abords des cours d’eau dans les villages et les bourgs : retrouver des accès le long de l’eau, aménager des espaces publics en bord d’eau...
- Améliorer la qualité des aménagements des rues périphériques des bastides.
- Mettre en valeur les places. Trouver un équilibre entre stationnement et convivialité des espaces publics.
- Respecter et valoriser le caractère rural des centres des villages. Privilégier des aménagements simples mais de qualité pour les espaces publics.
- Réserver les aménagements à caractère urbain pour les bourgs principaux.
- Gérer et renouveler les arbres des mails sur les places.
- Affirmer l’entrée dans le bourg par des aménagements spécifiques simples (alignements d’arbres, contre allée, gestion des bas-côtés, réduction de largeur de voirie…).
- Prévoir dans toutes extensions urbaines des espaces publics structurants en lien avec le centre bourg.
- Préserver un maillage de chemins autour des villages.


Repères bibliographiques

Paysages
- Atlas départemental des sites de Lot-et-Garonne, 2010 - DREAL Aquitaine
- Paysages de Lot-et-Garonne, 2008, CAUE47
- Cahier d’identité patrimoniale et paysagère - vallée du Dropt, 2002- URCAUE d’Aquitaine

Géographie
- Propriété forestière et types forestiers du Lot-et-Garonne, 2014- IFN

Urbanisme et architecture
- Guide Paysage et Urbanisation, 2001, DDE47