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Dynamiques et enjeux paysagers de la Forêt Landaise

Dynamiques paysagères de la Forêt Landaise

La comparaison des cartes et photos aériennes permet de révéler les évolutions du paysage.

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Forêt Landaise - Carte d’Etat-major 1849

La carte d’Etat-major montre un paysage aujourd’hui disparu : les landes telles qu’elles étaient avant les lois de 1857 et 1860 qui ont obligé les communes à assainir et à boiser ces terres marécageuses. Les rares terres de culture se localisaient autour des villages bâtis sur de légers bombements à peu près convenablement drainés, avec des noyaux de culture permanente associant du seigle d’hiver, cultivé sur billons à l’abri de l’eau, et du millet d’été entre les billons. Le paysage est alors très ouvert, composé de landes plus ou moins humides, livrées à la pâture de troupeaux de moutons.

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Forêt Landaise - photo aérienne IGN 1950

En 1950, la situation semble n’avoir guère changé dans cette partie du massif. Les plantations forestières sont restées ici modérées, s’étendant principalement autour du village de Durance. De vastes secteurs de landes se sont maintenus, ponctués de quelques fermes et bâtiments d’élevage. De nouvelles routes ont été ouvertes, participant au désenclavement de ce territoire.

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Forêt Landaise - photo aérienne IGN 2000-2005

Une métamorphose forestière

En 2005, les évolutions sont nombreuses, le paysage s’est métamorphosé en 50 ans. Les plantations de pins ont conquis l’ensemble des terres, prolongeant une dynamique engagée bien plus tôt dans le reste du massif landais.
Le parcellaire forestier impose ses formes géométriques et sa succession de parcelles homogènes, mais d’âges différents. Crastes et pistes pare-feu tracent de grandes lignes à travers le massif. De nombreux bâtiments isolés autrefois dans les landes ont disparu.

Une clairière habitée qui se rétrécit

L’espace cultivé ou pâturé autour du village et des écarts s’est rétréci considérablement. La carrière de sable créée en 1954, ouvre une vaste clairière dans le massif, aux portes du village. Le village en lui-même a peu évolué, ce territoire ne subissant que peu de pression urbaine. Le lotissement créé le long de la route s’est implanté selon un modèle complètement différent de celui qui préexistait.

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Forêt Landaise - photo aérienne IGN 2012

Un paysage bouleversé au rythme des coupes

La photo aérienne de 2012 montre la rapidité à laquelle le paysage de la forêt landaise se renouvelle. Les coupes ont été nombreuses depuis 2005 ce qui rouvre le paysage. Les feuillus préservés lors des coupes révèlent d’anciennes limites parcellaires. Mais cette ouverture n’est que provisoire, les parcelles étant déjà replantées. La carrière de sable en fin d’exploitation est en partie réaménagée, laissant un vaste étang entouré de plantations forestières.

Enjeux paysagers de la Forêt Landaise

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Forêt Landaise bloc-diagramme des enjeux paysagers

Mettre en valeur les vallées des franges du massif landais

La Forêt Landaise ne présente pas de reliefs marqués très visibles. La forêt omniprésente en masque en partie les perceptions. Et pourtant toute sa périphérie est entaillée de nombreux vallons. Les ondulations du relief apportent une certaine singularité à ces franges avant de passer à une forêt plus plate vers l’ouest. Par endroit les ouvertures des creux offrent ainsi des respirations, donnent des points de repère dans un paysage par ailleurs très intime. Plus au sud le Pays de Sos offre un paysage plus ouvert et agricole avec des vallées marquées. Leur échelle les rend particulièrement sensibles à une fermeture, même ponctuelle, des fonds qui viendrait en amoindrir les perceptions. Il est important de ne pas laisser se cloisonner la continuité du vallon par des boisements. Les peupleraies peuvent également par endroits couper le fil du vallon et en brouiller la lecture. La lisibilité du cours d’eau, et de la ripisylve qui l’accompagne, participe à une bonne perception des lieux. L’ouverture agricole des fonds renforce la lisibilité des vallées.

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Mettre en valeur les vallées des franges du massif landais

Pistes d’actions envisageables
- Ouvrir des vues depuis les routes de crête ou de versant (gestion des lisières, ouvertures ponctuelles).
- Limiter la descente des boisements vers le fond de vallée. Eviter toute plantation forestière sur les prés dans les fonds.
- Pérenniser l’ouverture des prairies sur certains versants qui se boisent ou s’enfrichent.
- Restaurer la continuité des ouvertures dans les fonds de vallée. Remettre en contact les petites ouvertures proches.
- Conserver des ouvertures le long des cours d’eau.
- Conserver ouverts les points de basculement pour les rendre perceptibles.

Souligner la présence de l’eau dans le paysage forestier

Dans la grande pinède, les vues sont limitées, la végétation ayant tendance à uniformiser les perceptions qui se répètent. Tout élément apportant une diversité devient appréciable. Ainsi la présence de l’eau dans la forêt landaise reste souvent masquée. L’eau se décline pourtant en étangs, marais, zones humides, cours d’eau paresseux, crastes et autres rigoles qui témoignent d’un réseau sensible de collecte des eaux dans des terrains au relief peu accentué. Les fossés permettent de valoriser des terres filtrantes mais parfois marécageuses pour la culture du pin. Des rivières comme le Ciron ou l’Avance qui la traversent apportent des déclivités localisées. Les cours d’eau montrent des ambiances attachantes avec leur végétation feuillue particulière qui forme par endroits des petits couloirs de forêts « galeries ». Ils forment une touche de fraîcheur dans un paysage sableux, aride l’été. L’eau donne ainsi une tonalité particulière à ces étendues forestières. Toute occasion de la côtoyer ou la rendre visible constitue un enjeu à ne pas négliger. Cela vient également appuyer la démarche Trame Bleue/ Trame Verte des liaisons écologiques.

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Souligner la présence de l’eau dans le paysage forestier

Pistes d’actions envisageables
- Donner accès à l’eau. Créer ou conforter des cheminements le long de certains cours d’eau à travers la forêt.
- Maintenir une distance suffisante entre la pinède cultivée et la ripisylve.
- Rouvrir par endroits la végétation pour rendre visible le cours d’eau depuis les chemins et les routes.
- Soigner les passages au-dessus des ruisseaux. Dégager la végétation pour voir l’eau depuis les ponts.

Soigner les lisières et valoriser les petits événements

La lisière périphérique du massif forestier landais marque une limite bien identifiable qui tranche avec les cultures, les prairies et les vignes environnantes. Cette lisière franchie, le changement est radical, révélant un univers intime de sous-bois et de clairières. Plusieurs axes routiers importants quadrillent la forêt. Leur contact avec les boisements revêt une grande importance dans la perception de ce paysage. Si les lisières forment des murs végétaux trop opaques ou uniformes, les longues traversées forestières peuvent paraître monotones. Il est donc important de travailler les lisières forestières par une politique de plantation et de gestion adéquate (conservation de beaux sujets, éclaircies des plantations, choix d’essence variées…). Les forêts de pins permettent des transparences qu’il serait dommage de perdre. Garder une certaine transparence aux lisières permet aussi d’apporter une plus grande richesse aux vues, tout en évitant leur fermeture. De même tout élément venant ponctuer les parcours mérite une attention dans cet univers répétitif. Il est important de mettre en valeur par exemple les carrefours ou encore les passages au-dessus de l’eau.

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Soigner les lisières et valoriser les petits événements

Pistes d’actions envisageables
- Garder une limite franche en périphérie du massif en évitant les friches et les microboisements.
- Animer les lisières des axes routiers. Privilégier les boisements mixtes ou feuillus sur les lisières les plus visibles. Varier les essences sur les premiers rangs.
- Moduler les lisières pour apporter une diversité. Eviter une gestion homogène des lisières sur de longs linéaires.
- Modeler les plantations par des éclaircies pour favoriser la perméabilité visuelle des lisières.
- Préserver et dégager des arbres remarquables en lisière. Maintenir et renouveler les vieux chênes. Maintenir et renouveler les alignements d’arbres feuillus qui contrastent avec les pins.
- Eviter la généralisation des clôtures le long des routes.
- Mettre en valeur les petits événements : abords cours d’eau forestiers et des ponts, croisement...
- Aménager les carrefours forestiers. Dégager une clairière autour de quelques carrefours forestiers.

Mettre en valeur les clairières

Dans ce paysage forestier les ouvertures apportent d’importantes respirations lumineuses. Elles forment un contrepoint attractif au sein du massif. Certaines sont permanentes et mises en culture de façon intensive. Elles forment de vastes étendues en monoculture, irriguées par des rampes, nues l’hiver. Même si la présence de l’arbre est forte tout autour de ces vastes clairières il serait intéressant d’y maintenir une certaine diversité. Une présence arborée (arbre isolé, bosquet) viendrait animer de façon permanente ces ouvertures.
D’autres types de clairières temporaires voient le jour au fil des coupes forestières, changeant les repères dans la forêt. Cela est particulièrement visible le long des axes routiers. Ces changements animent la forêt et méritent une certaine attention pour accompagner les coupes. Il est intéressant par exemple de conserver quelques arbres feuillus âgés au sein de la coupe et en périphérie. Enfin des clairières sont ouvertes pour accueillir des activités (parcs photovoltaïques, carrières). Là également un traitement soigné premiers plans est important pour maintenir un paysage de qualité.

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Mettre en valeur les clairières

Pistes d’actions envisageables
- Veiller à maintenir l’arbre dans les clairières agricoles. Renouveler les arbres vieillissants.
- Maintenir des arbres repères en bordure de parcelles ou au croisement des chemins.
- Entretenir et replanter des alignements d’arbres le long des routes.
- Soigner les abords des zones d’activités implantées dans les clairières. Recomposer une lisière arborée entre la route et les activités.
- Maintenir une bande d’arbres non exploités entre la route et les vastes coupes.
- Soigner les chantiers d’exploitation (chemins, andains, stockage des grumes).

Développer les accès au massif forestier

La forêt landaise offre un potentiel de détente remarquable, très complémentaire des paysages cultivés alentours. Des actions visant à rendre plus visible et accessible ce paysage intime mais souvent fermé sont à envisager. Plusieurs rivières prennent leur source dans la forêt pour se diriger vers la Gélise ou la Garonne, formant autant de supports potentiels pour cheminer vers l’intérieur du massif. La mise en valeur des chemins constitue également un enjeu important dans cette unité. Les nombreux événements qui animent les parcours méritent d’être entretenus et mis en valeur : franchissement d’un cours d’eau, point de vue sur la vallée ou le village (Pays de Sos), traversée de vallons, point d’arrêt… Les carrefours forestiers peuvent également constituer des points d’accroche pour démarrer une découverte douce du massif.

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Développer les accès au massif forestier

Pistes d’actions envisageables
- Développer un réseau de chemins attractifs autour des villages.
- Implanter des cheminements le long des cours d’eau principaux.
- Moduler les lisières forestières et mettre en valeur les carrefours.
- Soigner les abords des ponts (dégager la végétation, créer des aires d’arrêts).
- Mettre en valeur les petites routes (lisière, arrêt, connexion à des chemins).
- Prévoir des aires d’arrêt et de détente dans de petites clairières.

Maîtriser les extensions villageoises

L’urbanisation linéaire et le mitage desservent la qualité des paysages. Même si ces tendances ne sont pas extrêmes ici, elles s’effectuent pour partie en colonisant les espaces ouverts. Ceux-ci sont comptés en raison d’une forte couverture forestière, ce qui leur donne encore plus de valeur dans la perception du paysage. Dans la forêt les villages-airials implantés au sein de clairières, présentent des formes lâches. Il est important de respecter cette simplicité et de ne pas combler l’espace ouvert par une vague de lotissement qui viendrait banaliser l’espace ou bien de construire sans réflexion dans les espaces entre les maisons. Ce qui fait l’atout de ces airials c’est justement cette dissémination des bâtiments sur une prairie qu’ils viennent ponctuer, sans séparation (clôtures, haies). Il est important de garder une belle ouverture autour des constructions.
Dans le Pays de Sos les villages belvédères émergent de la végétation et dominent les vallons. Il est important de conserver leur silhouette groupée et de respecter la hiérarchie des masses bâties. Les vues depuis les villages se banaliseraient avec un éparpillement du bâti. Ce qui fait la particularité du site initial d’implantation constitue une qualité à mettre en valeur pour que chaque bourg puisse continuer d’affirmer son identité propre.

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Maîtriser les extensions villageoises

Pistes d’actions envisageables
- Respecter l’échelle du village et sa silhouette dans son développement.
- Préserver la silhouette groupée des villages. Harmoniser le développement en fonction du relief. Etre vigilant sur l’emplacement, les volumes et les couleurs des nouvelles habitations.
- Prôner un développement durable et économe de l’espace dans les documents d’urbanisme. Proscrire l’urbanisation linéaire et le mitage.
- Conserver l’ambiance des airials et l’ouverture des clairières bâties. Maintenir la distance entre les bâtiments et limiter les clôtures.
- Dynamiser les centres des villages pour inciter la restauration des habitations.
- Envisager d’autres formes d’urbanisation que le lotissement avec des constructions placées « sur mesure » en accord avec l’identité du site d’implantation du village.

Mettre en valeur les espaces publics

Dans les villages forestiers les espaces publics reliant les maisons ou les édifices sont emprunts d’une grande simplicité. Ils n’ont rien d’urbain dans leur organisation fonctionnelle (absence de trottoir, peu de stationnement privilégié, peu d’éclairage) et dans leur traitement (pas de sol imperméable mais uniquement des sols stabilisés ou enherbés). A cela s’ajoute souvent des vieux arbres feuillus qui viennent parfaire l’ambiance. Ce type de traitement des espaces publics est spécifique à tous les airials des Landes et participe à leur identité et à leur charme. Dans le Pays de Sos les espaces publics offrent une découverte du cœur de la cité mais aussi des vues en belvédère. Il faut grimper par des ruelles jusqu’à l’église ou le château. L’entrée et le cheminement jusqu’au centre constituent la première impression du village ou du bourg. Elle doit apporter un changement d’échelle après un parcours routier. La route fait place aux rues dont la qualité d’aménagement est importante pour le cadre de vie des habitants. Les espaces publics, comme les places, sont des points stratégiques à soigner pour conserver le cachet du bourg et sa convivialité. Les espaces publics sont aussi un formidable vecteur pour relier le village à son entourage par des chemins et des circulations douces (continuité des aménagements à promouvoir). Les aménagements pour améliorer le cadre de vie des habitants doivent conserver une simplicité pour garder l’harmonie et le charme des villages.

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Mettre en valeur les espaces publics

Pistes d’actions envisageables
- Valoriser les lieux urbains en belvédère du pays de Sos.
- Mettre en valeur les places. Trouver un équilibre entre stationnement et convivialité des espaces publics.
- Respecter et valoriser le caractère rural des centres des villages. Privilégier des aménagements simples mais de qualité pour les espaces publics.
- Conserver l’esprit et l’harmonie des lieux dans les aménagements des espaces publics.
- Valoriser les abords des cours d’eau au pied du village (route, abords des maisons, moulin).
- Préserver les spécificités des villages-airials : Préserver des espaces ouverts autour du village. Conserver des arbres de haut jet ou en replanter. Privilégier les surfaces enherbées au bitume. Maintenir les bas-côtés enherbés le long des rues.
- Mettre en valeur des routes d’arrivée dans l’airial.


Repères bibliographiques

Paysages
- Charte paysagère du Pays d’Albret, 2010 – Syndicat Mixte pour l’aménagement du Pays d’Albret Porte de Gascogne
- Atlas départemental des sites de Lot-et-Garonne, 2010 - DREAL Aquitaine
- Paysages de Lot-et-Garonne, 2008, CAUE47

Géographie
- Propriété forestière et types forestiers du Lot-et-Garonne, 2014- IFN

Urbanisme et architecture
- Guide Paysage et Urbanisation, 2001, DDE47