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Représentations et images de la Forêt Landaise

L’essentiel des paysages de la Forêt Landaise a été créé de toutes pièces au milieu du XIXe siècle. Aussi, les représentations se partagent-elles logiquement entre un « avant », dans lequel les landes et les marais sont abondamment décrits et représentés dans un mélange d’attraction et de répulsion, et un « après », où l’immense pinède génère des ambiances forestières peu différenciées. Dans cet océan planté, les ouvertures des clairières habitées et cultivées, les espaces de lisières et quelques sites urbains ou patrimoniaux génèrent des représentations éparses de paysages.

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Gardeuse de mouton ; Berger landais, cartes postales anciennes, fin XIXe siècle
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 52/116, 7 Fi 52/51

La lande rase et la lande plantée, deux images de la fin du XIXe siècle de la Forêt Landaise qui, plutôt que de donner à voir un paysage individualisé, rendent compte d’un archétype.

« En aval du confluent du Lot, vis-à-vis de Tonneins, riche en tabac, et vis-à-vis de Marmande, les collines de la rive gauche, le plus souvent éloignées du fleuve bornent la région des landes agenaises, qui se confondent avec celles du département spécialement nommé les Landes, ainsi qu’avec la région pinifère occupant le sud et l’ouest de la Gironde. 70 000 à 80 000 hectares accumulés sur l’alios, qui est une assise ferrugineuse à peu près imperméable, se déroulent ainsi, presque stériles, à côté du royaume de la planturosité ; tout au moins stériles en froment, en cultures intensives, en plantes maraîchères, mais riches tout de même, d’une richesse à part, et de deux arbres qu’on martyrise : le pin saigné pour sa résine, le chêne-liège écorché vivant, et, l’un et l’autre souvent fort beaux, celui-ci malgré la décortication, celui-là malgré ses blessures à vif.
Et surtout ces pins verts, ces chênes-lièges d’un rouge sombre, les bois, les avenues, la lande rase qui fait suite à la lande couverte ou la lande forestière qui fait oublier la lande rase, et de temps en temps la ravine où frétille un beau ruisseau vif teinté de rougeâtre, on parcourt la contrée sans désagrément, au sortir des guérets garonnais et des vignobles à pruniers ; d’aucuns même parcourent avec une volupté de primitifs ces vastes sables des régions orientales de l’arrondissement de Nérac, aux cantons de Lavardac, Nérac, Mézin, Houeillès, Casteljaloux, Bouglon, Damazan, dans les bassins de la Baïse, de l’Avance et du Ciron.
 »

Onésime Reclus, À la France : sites et monuments, Touring club de France, 1900-1906

Horizons et clairières, cadrages des paysages

« Chacun sait que les landes n’ont pas toujours été l’horizon bleuté qui se découvre depuis la place de Mézin dans un effet de perspective atmosphérique. Les grandes plantations de pin ne datent que de la Monarchie de Juillet et du Second Empire. Pourtant, les marges landaises orientales étaient déjà boisées auparavant, bois mêlant les essences, les résineux et les feuillus. Les cartes du milieu du XVIIIe siècle, de Belleyme et de Cassini, distinguent feuillus et conifères. Qui longe la Gélise au printemps peut toujours apercevoir le vert sombre des pins alternant avec les verts plus clairs des autres essences. À l’automne, le contraste se fait plus vif entre les pins au vert permanent et les arbres à feuilles dorées, puis caduques. »

Hélène Mousset, Paysages des deux rives de Gélise au XVIIe siècle, Le Courrier de l’environnement de l’INRA, n°47, octobre 2002  [1]

Le patrimoine magnifié par l’horizon de la forêt et la luminosité des clairières

Dans l’unité de paysage, le patrimoine bâti constitué surtout d’églises et de chapelles, représente une part importante des sujets des cartes postales et des photographies. La ligne sombre de l’horizon et l’ouverture lumineuse des clairières cultivées permettent des représentations singulières qui inscrivent distinctement ce patrimoine dans l’espace de la forêt landaise.

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Réaup-Lisse, Château de Lisse, vue d’ensemble du parc, 1998 ; Sos, Meylan, Église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, 1998,
© Inventaire général, ADAGP ; Chabot, Bernard - © Inventaire général, ADAGP

Le photographe a inscrit, par le choix de son cadre, le château et l’église sur l’horizon boisé de la forêt. Car c’est bien le vaste « horizon bleuté » du massif qui donne à ces deux éléments du patrimoine bâti de la Forêt Landaise une grande partie de leur personnalité.

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Sos, Vue de la vallée de la Gueyze depuis le nord-ouest : la maison forte et l’église paroissiale, 1994 ; Saint-Pé-Saint-Simon, église paroissiale Saint-Simon, Vue d’ensemble depuis le nord-ouest, 1995
Photo : Chabot, Bernard, © Inventaire général, ADAGP

Dans ces deux photographies de l’Inventaire général du patrimoine, l’ouverture lumineuse de la clairière est rehaussée de la blancheur de la pierre et, dans l’image de gauche, du doré des champs de céréales en passe d’être moissonnés.

Les vues aériennes et l’ampleur de la forêt

Les photographies prises à hauteur d’homme peinent à rendre compte des grandes étendues forestières. En l’absence de belvédère, le massif forestier n’est que rarement appréhendé ou représenté en tant que « paysage ». Aussi, la peinture ou la photographie s’attachent-elles surtout au rendu d’ambiances de sous-bois, ou des événements - clairières, reliefs, cours ou plan d’eau - qui en rompent l’unicité.
La photographie aérienne oblique, si elle n’est que rarement chargée d’émotion, propose cependant une représentation documentaire qui s’inscrit durablement dans nos imaginaires en venant ajouter la notion d’immensité aux représentations de l’intérieur de la forêt.

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A gauche et au milieu, Durance, Poudenas, cartes postales, troisième quart du XXe siècle ; A droite, Houeillès, carte postale, 1963
Collection particulière ; Archives départementales de Lot-et-Garonne, 1963, 7 Fi 118/15

Durance et Houeillès (photos gauche et droite), deux bourgs-clairières, sont insérés dans l’espace de la forêt dont la photographie aérienne donne à percevoir l’ampleur et la présence toute proche. Poudenas (photo du centre) est situé en lisière, dans le paysage particulier du pays de Sos, borné par la masse boisée qui s’étend à perte de vue.

Les plantations en ville, une évocation de la forêt

Les alignements d’arbres le long des routes ou d’allées constituent un motif assez souvent mis en valeur par les photographes des cartes postales anciennes. Dans les bourgs de clairière ou en lisière de la Forêt Landaise, ces représentations prennent un sens particulier en évoquant immanquablement, même si les essences sont différentes, l’environnement forestier tout proche.

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Ambrus, début XXe siècle ; Houeillès, L’Avenue, 1904, cartes postales anciennes
Collection particulière ; Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7Fi 118

Alors que rien ne la montre directement, la hauteur, l’ampleur des arbres d’alignement représentés ici, nous rendent sensible, en raison de notre connaissance implicite de la situation de ces deux bourgs, l’espace forestier tout proche.

Deux figures urbaines sur la Gélise : Poudenas et Sos

Les représentations de Poudenas et Sos, bourgs situés tous deux sur les bords de la Gélise, sont très proches, par leurs sujets et dans leurs cadrages, de celles des autres villages du département : mise en valeur du site à flanc de coteau, rues anciennes et présence de l’eau qui anime l’ensemble urbain.

« Poudenas : joli village dominé par un élégant château. Vieux mont et ancien moulin rénové. Pittoresque ancien relais de poste du XVIe siècle, avec une grande galerie en bois, où Henri IV avait coutume de s’arrêter, sur le chemin de Nérac. »

Bordelais, Landes, Lot-et-Garonne, (Le Routard), Hachette, 2014

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Poudenas, cartes postales anciennes, XXe siècle
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_205 ; Collection particulière
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Poudenas, La Gélise, cartes postales anciennes, sd
Collection particulière

Poudenas avec son château classé, la Gélise et son moulin, est un site bien repéré et représenté. La situation du bourg adossé au coteau se prête aux vues d’ensemble, ce qui est rarement le cas dans le reste de l’unité de la Forêt Landaise. Aujourd’hui, le château est la figure privilégiée des représentations.

« Sos, petite ville traversée par le Tenarèse, et située sur les confins des grandes landes, est le marché où viennent s’approvisionner les habitants de ces contrées.
Sos domine sur un vaste horizon, dont l’aspect est très pittoresque à cause des coteaux qui offrent le spectacle varié de différentes cultures, et par les petites rivières qui coulent au bas de ces coteaux. Un château fort défendait la ville contre les attaques, et la préservait des surprises : il ne reste plus que les fondements de cet édifice.
 »

Lafont-du-Cujula, C. M., Annuaire ou Description statistique du département de Lot-et-Garonne.... Imprimerie de Raymond Noubel,1806

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Sos, Pont de la Gélize et Avenue de la Gare ; Sos, Vue générale, cartes postales anciennes, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 303/1 ; 7 Fi 303/6
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Sos, Maisons anciennes, début XXe siècle, Place Armand Fallières, 1916, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_299 ; 7 Fi 303/3

Le site et l’ensemble urbain - la rue ancienne, la place et ses cornières - sont les deux sujets des représentations du bourg de Sos. En cela, elles ne s’apparentent que peu aux autres images concrètes et mentales de la Forêt Landaise.

Les ambiances de forêt des photographes amateurs

Se distinguant des images anciennes, les photographies contemporaines semblent privilégier nettement la représentation des ambiances forestières par rapport aux motifs urbains. Les images touristiques, assez rares, ne présentent pas ou peu les paysages de cette partie du département, il est vrai moins riche en patrimoine bâti et sites pittoresques.

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Montage de photographies mises en ligne par les internautes sur le site Google Maps, 2015
Ce montage montre l’appétence des photographes amateurs pour les ambiances des sous-bois, les motifs internes de la forêt ainsi que ceux liés à l’eau. Contrairement aux images antérieures, le bourg n’est qu’une composante parmi d’autres.