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La forêt

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Le paysage ordonné de la peupleraie. Poussignac


L’arbre est partout présent dans les paysages de Lot-et-Garonne, participant à la mosaïque paysagère du département. De nombreux bois prennent place sur les affleurements calcaires et les versants pentus des vallées, tandis que quelques bosquets sont souvent présents sur les hauteurs. Dans les vallées les peupleraies cloisonnent les vues, dressant leur succession de troncs alignés. Deux pays de bois, le massif landais et la forêt de la Lémance assurent au département un taux de boisement moyen de 26% du territoire. Les coteaux de molasse du Queyran sont couverts de plusieurs grands massifs. Hors de ces secteurs, les bois occupent une faible surface globale mais restent très présents dans le paysage.

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Carte de la propriété forestière. Source IFN
La forêt est essentiellement privée (97% des surfaces). On dénombre près de 45 500 propriétaires de forêts en Lot-et-Garonne, pour une surface moyenne de 2,5 ha. Ces chiffres cachent une grande disparité dans la distribution des surfaces en fonction de la taille des propriétés et du secteur géographique (90% des propriétaires possèdent moins de 4 ha et 28% des territoires forestiers, 1,2% des propriétaires possèdent plus de 25 ha et 41% des forêts).
Les forêts publiques relevant du régime forestier comprennent une forêt domaniale (Forêt de Campet), 13 forêts communales et une forêt d’établissement public, et représentent que 3% environ de la surface boisée du département.
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Carte des types de peuplements forestiers. source IFN
L’essentiel de la forêt se concentre dans la forêt landaise de pin (violet), les coteaux du val de Lémance en futaie feuillus maigre (vert clair), souvent enrichie en pin maritime (rose), auxquels il faut ajouter les massifs des coteaux du Queyran. Le semis de taillis feuillus est très présent dans le paysage car localisé sur les crêtes calcaires (terreforts) et les coteaux (Serres, coteau de Garonne). Un écran continu de peupliers barre la vallée à l’aval d’Aiguillon, recouvrant les alluvions les plus inondables au contact de la Garonne. Tout un maillage de forêt paysanne éparse n’apparaît pas à cette échelle, mais forme souvent la trame du paysage des collines.

Quelques bois sont toujours présents sur les hauteurs. Ils recouvrent les coteaux marneux des vallées dans les Serres et les coteaux de la haute terrasse de la Garonne ; dans les terreforts, les tables calcaires des crêtes sont souvent boisées, et la ligne de bois maigres forme la ligne d’horizon.
Dans les vallons, un écran boisé referme souvent la vue, même s’il ne s’agit souvent que d’une bande boisée assez étroite, ou même d’une simple ligne de peupliers longeant une clôture.
Sur les collines, les bois sont principalement des feuillus gérés en taillis, avec ou sans grands fûts de réserve. Ils fournissent une précieuse trame paysagère au bâti, des villages, et elle est fréquentée par tous à la saison des champignons, puis à la saison de la chasse. Les bois maigres des coteaux calcaires de la Lémance ont été complantés de pin maritime.

LE MASSIF

Le massif landais et ses clairières

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Le pin maritime essence principale du massif landais. Boussès

Cet océan de pin maritime est une incursion de 60 000 ha en Lot-et-Garonne de l’immense forêt landaise, rythmé par des clairières agricoles avec leur village isolé. Adossé au Bazadais, il a longtemps constitué une zone frontalière boisée entre Agenais et Bordelais. Le manteau de sable provenant de l’océan a recouvert les reliefs préexistants mais le sol présente de légères ondulations. A l’approche d’un ruisseau ou d’une rivière -la Leyre, le Ciron-, le sable est déblayé par le ruisseau sur quelques centaines de mètres de large ; la forêt se densifie et bascule vers des feuillus. Les sables argileux, les calcaires lacustres mis à nu accueillent alors des chênes, des ormes, des frênes, et une sous strate très diversifiée qui se referme souvent en galerie sur le ruisseau.
Si la futaie apparaît quelque peu monotone, le sous-bois s’anime au rythme des micro-ondulations du sol et surtout des flaques marécageuses qui masquent souvent une plaque d’alios cachée sous quelques centimètres de sable, qui bloque l’eau et les racines. Il s’ensuit un jeu permanent entre sol sec et humide. Traverser à travers bois oblige à contourner les bombements, souvent fermés par la fougère, qui signalent souvent la relique d’une dune fossilisée. En y regardant de plus près, c’est bien là que sont les pins les plus vigoureux. Il faut également éviter les flaques mouillées jusqu’au début de l’été et rendues impraticables par des coussins (touradons) de molinie. Le sentier emprunte donc naturellement les tapis de callune et de bruyère, souvent très colorés, qui marquent les cordons de milieux intermédiaires.
Le massif est privé à plus de 90%. Il est issu du boisement massif des landes entre 1860 et 1900, qui a été accompagné d’importants travaux d’assainissement et de voirie de desserte. Ces travaux ont permis au pin maritime de tirer parti de terres restées jusque-là quasiment inaccessibles puisque la productivité y est bonne, atteignant 10 m3/ha et par an.
Ce massif monospécifique reste cependant fragile. Il a subi de lourdes pertes lors des tempêtes récentes (1999 et 2009), lors de sécheresses qui déclenchent des feux, et il subit des attaques parfois inquiétantes de maladies (fomes, armillaire) et de ravageurs (scolytes…).

Pour en savoir plus lire La création de la forêt landaise

La forêt périgourdine de la Lémance

Deuxième grand massif du département, la forêt feuillue de Lémance recouvre environ 11 000 ha. Elle correspond à l’extrémité du vaste massif forestier du Périgord. Ses pentes sont couvertes de chênes et de châtaigniers, complantés de pins. Cette prédominance de boisement sur ce territoire lui a valu pendant longtemps l’appellation de « Pays au bois ».
La Communauté de Communes Fumélois-Lémance cherche à valoriser sa forêt avec la création d’une plateforme Bois-Energie, tout en préservant le bois d’œuvre indispensable aux scieries et parqueteries locales. L’exploitation des rémanents et des bois morts permet en outre de limiter le risque d’incendie.

La grande peupleraie

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Carte des peupleraies. source IFN
Le rideau de peupliers cloisonne la vallée de la Garonne en aval de la confluence avec le Lot.

Les peupleraies recouvrent la plaine de Garonne à l’aval d’Agen ou de Marmande, occupant d’anciennes prairies humides. Ces plantations monospécifiques de cultivars sélectionnés représentent un peu plus de 9 000 ha (données cadastre 2009). Dès qu’une vallée s’élargit, des peupleraies apparaissent sur les « ramiers », les alluvions inondables. Elles fournissent les cagettes et palettes nécessaires à la commercialisation des primeurs et des noix du Périgord.
Établis le long des berges de rivière ou de fossé, les peupliers laissent ensuite la place à une ripisylve de berge et parfois une forêt marécageuse impénétrable de saules, aulnes, bouleau pubescent. Sur les berges, leurs racines, entremêlées avec les racines profondes de fougères, limitent les dégâts des crues sur les berges et abritent des frayères.
De simples lignes de peuplier marquent également des limites de parcelles dans les vallons secondaires.

Pour en savoir plus lire Peupleraies de Lot-et-Garonne



LE PETIT BOIS

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Les bois épars jalonnent les paysages de collines du Lot-et-Garonne. Masquieres

Les terres de Lot-et-Garonne, du fait de leur aptitude à des cultures variées et rentables, ont été défrichés depuis longtemps ne laissant que des îlots de forêts sur des sols impropres à la culture (rendzines, pentes fortes). Les forêts de ce secteur ne sont que résiduelles. La plus grande forêt est celle du Mas d’Agenais qui dépasse à peine les 1 000 ha. La diminution des surfaces forestières s’est poursuivie jusqu’aux années 1970 (réorganisations foncières, remembrements). Depuis une vingtaine d’années, certaines exploitations ne trouvent pas de repreneurs et des terres agricoles sont boisées en pins et feuillus divers sans pour cela faire évoluer sensiblement le taux de boisement.

Le bois épars sur la colline

Les bois épars sur les collines, parfois sur leurs crêtes, jalonnent l’ensemble des paysages de collines et indiquent souvent des veines de sols médiocres. Les pins, associés au chêne tauzin, dominent sur les sables acides au nord-ouest du département où ils recouvrent les plateaux calcaires. Le chêne sessile, associé au charme, parvient à tirer parti des sols de calcaire caillouteux et séchants dans les Serres et les terreforts.
2 000 ha de ces bosquets ont été plantés depuis 150 ans en robinier (communément appelé acacia), essentiellement pour fournir des piquets pour la vigne et les vergers.
Sur les pentes des terres de Gascogne, un talus parcourt souvent une courbe de niveau : c’est un affleurement de la plaque de calcaire aquitanien. Une ligne de bois le souligne, généralement un peu à l’écart des routes, souvent en pointillé ; elle constitue un tracé privilégié pour un circuit de balade, et un corridor écologique naturel pour la faune.

Le coteau boisé

Le coteau boisé qui encadre la vallée est omniprésent dans les vallons des Serres, où il couvre les pentes argileuses molassiques. La partie haute est souvent un bois maigre très agréable à parcourir. Installé sur un sol calcaire et séchant, il y pousse naturellement une forêt aux accents méditerranéens, du chêne vert, parfois du chêne pubescent sur les rochers exposés au soleil, accompagnés en sous strate d’érable de Montpellier et de filaires. La pente, plus argileuse, s’enrichit en chêne sessile et en hêtre. Des suintements en bas de pente ont souvent permis l’installation de vigoureux érables et frênes.

Le cordon de bois sur les alluvions le long du ruisseau

Il est souvent limité à une simple ligne d’aulne, de frêne, peuplier noir sur la berge, que le propriétaire cherche à couper avant qu’il ne verse en embâcle dans le ruisseau. Il s’épaissit parfois sur plusieurs dizaines de mètres, avec davantage de chêne pédonculé, d’érable sycomore, quand ils ne sont pas entièrement remplacés par une peupleraie ou, plus exceptionnellement, par un verger très espacé de noyer à bois.
Ces boisements sont menacés par les retenues collinaires qui réduisent les débits d’étiage et bloquent l’apport de sédiments limoneux. Leur exploitation est fortement déterminée par l’accessibilité.

Le cordon de bois au fond d’une ride

Niché au fond d’un vallon, en contrebas du paysage agricole, ce bois tout en longueur et d’accès parfois malaisé est très présent en rive gauche de la Garonne, et se retrouve un peu partout où un ruisseau a entaillé un sillon, une ribeyre. Ce sont des bois de pente, parfois forte, communs dans les rides d’érosion de toute la région du Gers et du plateau de Lannemezan. Dans le fond du vallon, plus humide, dominent le chêne pédonculé et le frêne. Au bas des pentes, le hêtre trouve souvent un refuge de fraîcheur humide.

Ces bois épars, souvent reliés par des cordons de haies et de bandes boisées à mi pente propices aux embuscades ont abrité de nombreux maquisards en 1943-44.