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L’eau

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Bord de Garonne à Couthures-sur-Garonne

Les grandes vallées formées par la Garonne et le Lot traversent le département d’est en ouest. C’est dans ces vallées que se sont toujours concentrés l’activité humaine et les échanges avec les régions voisines : elles sont à la fois des pôles d’attraction, de peuplement, d’activité industrielle et agricole.
Un grand nombre de rivières et de ruisseaux convergent vers ces deux rivières. 4600km de ruisseaux et de rivières parcourent ainsi les collines et les vallées du département. Ce chevelu dense traduit la prédominance de sous-sols imperméables formés de marnes et d’argiles. Les petites vallées ont été autant de voies de pénétration vers l’intérieur. Elles ont vu l’établissement d’oppida, de châteaux, de villes fortes, de bastides partout où il était possible de tenir un passage, de surveiller un péage, d’interdire une frontière.
De part et d’autre, des plateaux sédimentaires à armature calcaire, en général peu élevés - le point culminant est à 275 m - s’inclinent lentement vers ces larges vallées.

La vallée majeure avec ses terrasses bien tracées

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La basse terrasse de la vallée du Lot forme une plaine de 2 km de large. Laparade

Les vallées des rivières principales, la Garonne et le Lot, sont imposantes du fait qu’elles ont creusé un sillon en plusieurs temps.

Les rivières se sont d’abord profondément enfoncées entre deux hautes berges avant de combler ce fossé d’alluvions limoneuses

Au cours de l’ère Quaternaire, la Garonne et ses affluents, après avoir divagué sur tout le delta, se stabilisent. Les berges de ce premier lit qui atteint une dizaine de kilomètres de largeur formeront la terrasse haute du Queyran et les hautes collines qui encadrent aujourd’hui la vallée de part et d’autre. Leur matériau grossier arrivant des Pyrénées en fait des terroirs peu fertiles et aujourd’hui encore assez boisés.
La mer s’abaisse de 120 m au cours du Pléistocène ; les rivières s’enfoncent dans un profond sillon, de quelques kilomètres de large, creusés dans ces formations tendres. Au milieu de ce sillon, elles s’enfoncent dans un second sillon plus étroit -mesurant encore plusieurs kilomètres de large - dont les berges limoneuses, en contrebas de plusieurs dizaines de mètres, formeront la moyenne terrasse. Ces terres fertiles, appelées « terres douces », sont les plus prisées depuis l’époque romaine pour la culture, mais aussi pour l’implantation des bourgs.
A mesure que le niveau de la mer remontera, les vallées comblent cette fosse de graves, et de sables mêlés à des limons.
Ce sillon profond sera comblé et les apports les plus récents forment la basse terrasse, aujourd’hui encore inondable sur plusieurs kilomètres de large. Ces limons sableux forment des « boulbènes » fertiles, sauf dans quelques secteurs en-dessous de Tonneins et de Marmande où la nappe affleure souvent au contact du fleuve, et restent voués à des peupleraies qui referment l’horizon de la vallée.

La rivière puissante

Les eaux de la Garonne et du Lot reflètent la pluviométrie du Massif Central et des Pyrénées. Ces rivières alimentées par un très grand bassin versant à l’amont entrent en crue en hiver ou au printemps, à la fonte des neiges. Ces crues parfois catastrophiques contrastent avec les basses eaux en été.
Le Lot est en outre soumis à des crues d’automne, de type méditerranéen, quand de grosses pluies s’abattent sur le mont Lozère.

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Caractéristiques des crues du bassin de la Garonne. Carte Smeag
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Carte des zones inondables en Lot-et-Garonne. Source DDT 47, 2015
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L’aléa inondation de la Garonne à Marmande, Tonneins, Agen.
Source : Cartorisque, Ministère de l’écologie, 2014.
A l’amont, l’aléa est une nappe d’eau de 1 à 2 m de hauteur recouvrant toute la plaine, y compris des routes départementales comme au sud de Tonneins. Au-delà de la confluence, l’aléa atteint 3 à 4 m de hauteur d’eau.

En été, ces rivières s’écoulent paisiblement au fond d’une gouttière de plusieurs mètres de profondeur. Lors des crues, la Garonne monte couramment de 5 m, ce qui est souvent le seuil où elle sort de son lit mineur et commence à provoquer les premiers dégâts matériels sérieux. Ces rivières ne retournent pas dans leur lit sans avoir provoqué de nombreux effondrements de berges qui peuvent se déplacer brutalement de plusieurs dizaines de mètres.
Il n’est pas rare que la Garonne dépasse 7 m, inondant de nombreuses maisons de la terrasse basse, voire 10 m, ce qu’elle fait plusieurs fois par siècle. Lors de ces crues catastrophiques, l’eau atteint le 1er étage de ces maisons. Agen a été considéré comme la ville la plus inondable de France.

La terrasse haute de grave, une ligne de collines boisées

C’est la plus ancienne terrasse, témoin d’un premier palier de méandres en surface du delta miocène avant que le fleuve ne creuse son sillon, elle domine nettement la vallée actuelle. Elle forme en fait le coteau qui domine la vallée et la première série de collines très découpées par l’érosion, à plus de 80 m au-dessus de la plaine.

La moyenne terrasse cultivée et urbanisée

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Dominant la basse terrasse de 15m environ, la terrasse moyenne constitue le principal site d’implantation urbain comme ici à Tonneins.

Ces rivières ont ensuite creusé un sillon profond pour rejoindre la mer qui s’est abaissée de 120 m à la fin du Pléiostène, avant de le combler de « graves » arrachés aux Pyrénées (Garonne) ou de sables du massif central (Lot), jusqu’au niveau actuel qui reste très en dessous du niveau du delta initial.
Cette moyenne terrasse, très lisible dans les vallées de la Garonne et du Lot, est également présente dans les principales vallées secondaires. Dominant la basse terrasse de 15 m environ, elle est à l’abri de la plupart des inondations, et ses sols de cailloux mêlés à des limons sont d’une fertilité correcte. Depuis la préhistoire, elle constitue le principal pôle de concentration humaine puisque s’y sont établis Agen, Tonneins, Aiguillon, Marmande, Villeneuve, et même Nérac au-dessus de la Baïse (dans cette vallée plus étroite, la terrasse se mêle à des colluvions du versant).
A l’aval d’Agen, la fertilité est meilleure, corrigée par des apports tardifs de limons de débordement. A l’amont de la confluence du Gers, en revanche, le substrat reste plus sableux, ferrique, et le lessivage des limons a généré une croûte dure, le grep, qui bloque l’eau et les racines. Ce handicap majeur des hautes terrasses de toute la vallée amont de la Garonne s’estompe au niveau du Lot-et-Garonne.

La basse terrasse inondable entre vergers et champs irrigués sur fond de peupleraies

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Maïs irrigué et peupleraies dans la basse terrasse de la vallée de la Garonne. Buzet-sur-Baïse

La basse terrasse de la Garonne couvre la quasi-totalité de la plaine atteignant souvent les quatre kilomètres de largeur, jusqu’au talus de la moyenne terrasse bien lisible par exemple à Tonneins. Celle du Lot déroule son ruban tantôt à droite, tantôt à gauche du lit. Celui-ci est assez encaissé et les débordements ne recouvrent qu’exceptionnellement la partie basse de la terrasse et les nauzes (ancien bras mort). A partir du Temple-sur-Lot, la basse terrasse se prolonge sur la plaine alluviale du Lot. Elle devient de plus en plus large à Castelmoron-sur-Lot (2 km), à Clairac (2,7 km) et à Aiguillon (2,5 km).
Les terrasses basses et surtout moyennes forment un terroir cultivé depuis longtemps de céréales, de vergers et de cultures maraîchères. Des fermes, et même des villages, sont implantés depuis longtemps sur ces terrasses. L’inondation y est vécue comme une fatalité quasiment annuelle, et les populations se sont toujours solidarisées pour y faire face. Le retour cyclique d’inondations catastrophiques a cependant toujours occasionné des drames, et il proscrit ici aujourd’hui encore tout véritable développement de l’habitat. Les basses terrasses sont également le terrain de prédilection des peupleraies, notamment dans la vallée de la Garonne les secteurs au-dessous de Tonneins et de Marmande où la nappe affleure souvent.

Le vallon

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La vallée de la Séoune s’enfonçant dans les Serres. Tayrac

4 600 km de ruisseaux et de rivières parcourent les collines et les vallées du département. Ce chevelu dense résulte de la prédominance de sous-sols imperméables : les marnes, argiles, colluvions remaniées de matériaux miocènes.

La rivière peu puissante

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Carte du réseau hydrographique de Lot-et-Garonne

Les rivières secondaires parcourent les molasses au creux de vallées très douces, aux formes empâtées par des colluvions. Leur sillon s’enfonce vers l’aval dans le tout dernier tronçon. Les pentes s’affirment, puis le sillon s’adoucit en traversant chacune des terrasses, pour enfin rejoindre la Garonne ou le Lot.
Au sud de la Garonne, les affluents (Baïse, Gers) creusent des vallées assez marquées dans les molasses gasconnes. A l’amont, leurs vallées se tendent, traçant des lignes assez parallèles et des versants de plus en plus doux qui préfigurent les coteaux du Gers.
La plupart des ruisseaux ont un petit bassin versant sur quelques dizaines de kilomètres de molasse. Faute d’alimentation, leur débit chute en été, et peut même s’interrompre à l’étiage lors d’un été sec. Certaines sécheresses peuvent ainsi mettre en péril la vie aquatique : Lède, Gupie, Tolzac de Monclar.
D’autres disposent de masses d’eau importantes dans des lacs collinaires qui pourraient apporter un minimum de débit à l’étiage : Dropt, Séoune, Tolzac de Verteuil, Lémance, Masse de Prayssas. La programmation de ces apports est l’objet des plans de gestion des étiages (PGE) par bassin versant, qui couvrent l’ensemble du département. Ils mobilisent surtout les retenues collectives.
Les principaux ruisseaux des Serres ont creusé leur vallée directement vers la Garonne et le Lot et l’ont comblé des matériaux des versants molassiques. Leur vallée est encaissée, peu sinueuse mais du fait qu’elle est étroite, la vue reste souvent limitée à quelques kilomètres au maximum, sans déboucher franchement sur l’ouverture de la Garonne ou du Lot.
Le chevelu disparaît presque en surface dans les landes, mais les chemins de l’eau circulent -ou stagnent jusqu’au printemps- souvent juste sous la surface, dans la nappe dite subcutanée des sables.

Le vallon secondaire bien lisible

Les petites vallées ont été autant de voies de pénétration vers l’intérieur. Elles ont vu l’établissement d’oppida, de châteaux, de villes fortes, de bastides partout où il était possible de tenir un passage, de surveiller un péage, d’interdire une frontière. La multiplication des moulins à eau a renforcé l’implantation humaine dans les vallées.

Le lac collinaire

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Les lacs collinaires ponctuent les vallons et les collines lot-et-garonnais. Anzex

Eléments paysagers récurrents, pas loin de 4000 lacs collinaires stockent chaque année 100 millions de m3 d’eau au flanc des multiples petits vallons argileux des paysages de molasse.
L’irrigation, ancestrale dans les vallées majeures, s’est développée depuis les années 1980 par forages dans des nappes souterraines -Crétacé au nord, Jurassique au sud d’Agen- et par la multiplication de ces lacs collinaires. Le contexte s’y prête particulièrement : un petit barrage en-travers des têtes de vallons secondaires est facile à appuyer sur le micro relief, en utilisant l’argile toujours présente à proximité. Ces apports d’eau améliorent considérablement les rendements sur ces sols assez superficiels, où l’on développe des cultures d’été : maïs, fruitiers, légumes et plus récemment, noisetier.

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Les plans d’eau en Lot-et-Garonne, situation en 2015. Carte DDT 47
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Densités de plan d’eau par sous-bassin versant, situation en 2015. Carte DDT 47

On compte aujourd’hui 1 retenue pour 30 à 80 ha de parcellaire agricole, dans la majeure partie du département.
Ces lacs s’envasent, d’autant plus que la terre est limoneuse, et nécessitent des interventions assez lourdes de désenvasement.
La densité et la position des lacs collinaires reflètent assez précisément la position des molasses et marnes dans le paysage. Ils sont absents des vallées alluviales, où on leur préfère le simple pompage dans la nappe, et des replats calcaires ou sableux où les ruisseaux sont secs, le sol filtrant. Dans tout le nord-est du département, les lacs jalonnent les collines, et sont même parfois perchés sur une crête. Ils ponctuent les vallons secondaires, en-dessous de la mi-pente des vallons dans le Pays de Serres, vers Duras, ou dans les collines des Terreforts.

La nappe d’eau

L’Agence de l’Eau Adour-Garonne comptabilise sur le département, 20 masses d’eau souterraines et 162 masses d’eau superficielles dont 2 lacs dépassant 50 ha.
L’état chimique des nappes souterraines est préoccupant suite à des contaminations en produits phytosanitaires et en nitrates tandis qu’en surface, le Trec, la Lémance et le Dropt souffrent de pics de pollution chimique en périodes de désherbage -vigne, maïs, céréales-, d’un débit d’étiage faible, et/ou d’obstacles à la circulation des poissons et des sédiments. Ces dégradations à la fois chimiques, bactériologiques et écologiques sont maximales dans le secteur nord-ouest, au nord de Marmande mais concernent l’ensemble des cours d’eau.