Contenu

Représentations et images des Terres Gasconnes

Chevauchant le pays d’Albret et une partie de l’Agenais de la littérature, les paysages des Terres Gasconnes sont davantage animés d’images mentales en référence à l’histoire (Henri IV, le président Armand Fallières…) que par de réelles représentations paysagères. Quand elles existent, le patrimoine architectural, notamment des villes et des bourgs, y prend une part prépondérante. A l’exception des rivières dont les images ont été renouvelées par le tourisme fluvial, les espaces ruraux sont, dans l’iconographie ancienne et contemporaine, assez peu présents. Mais les sites Internet de partage de photos, s’écartant en cela de l’imagerie institutionnelle, montrent un réel intérêt pour la graphique, les couleurs, les compositions des paysages de campagne des Terres gasconnes.

Entre Albret, Gascogne et Agenais

JPEG - 392.6 ko
Extrait de la feuille 47 de la carte de Guyenne, Belleyme, levés effectués de 1761 à 1774, publiée entre 1829-1834
Archives départementales de Lot-et-Garonne, cote : AD047_3Fi28

Une des premières représentations cartographiques du Lot-et-Garonne à l’échelle du 1/43 200. Cette carte figure, certainement pour une toute première fois, les éléments qui composent le paysage, tout en permettant de les appréhender à une vaste échelle. Assez détaillée, elle met ainsi en évidence les vallées orientées sud-nord qui organisent l’espace, la végétation, la répartition des sites urbains dans les vallées et sur les crêtes, et les nombreux éléments bâtis dispersés dans la campagne.

« Le Val d’Albret, épargné par le tourisme, est un endroit qui rappelle la Gascogne, d’une grande tranquillité. Aux frontières des Landes et du Gers, les odeurs de pins se mêlent aux fragrances d’Armagnac. Les collines sont plus douces qu’au nord du département et les châteaux sont marqués par les chevauchées d’Henri IV qui passait par là et appréciait le pays.
(…)
Traversé par la Gélise et surtout par la Baïse, rivière sauvage mais navigable, le Val d’Albret possède un charme joyeux, et pour tout dire, gascon.
 »

Bordelais, Landes, Lot-et-Garonne, (Le guide du routard), Hachette, 2013

Les villages en hauteur, des motifs peu exploités

Les silhouettes des villages de crête sont des composantes importantes des paysages des Terres gasconnes, mais relativement peu exploitées par l’iconographie ancienne ou contemporaine.

« Montagnac, bourg dont la population est de 829 habitants, et qui doit son nom à sa position sur une hauteur qui domine tous les environs. Les murs épais qui l’environnent, les restes de fortifications et les vestiges d’anciennes fondations qu’on y découvre, ne permettent pas de douter que ce ne fût autrefois un poste important et un lieu considérable.  »

Lafont-du-Cujula, Annuaire ou Description statistique du département de Lot-et-Garonne..., 1806

JPEG - 248.8 ko
Andiran, Mézin, Lamontjoie, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne (Mézin, 7 Fi 171/5), collection particulière (Andiran et Lamonjoie)

Sur des arrière-plans de champs cultivés soulignés des arbres en haie ou isolés, les bourgs ou les villages groupés autour de leurs églises dont les clochers s’élancent vers le ciel composent un paysage où ville et campagne, dans des limites claires, se mettent mutuellement en valeur.

JPEG - 269.9 ko
Moncaut, 1996, Montgaillard, 1997, Montagnac-sur-Auvignon
© Inventaire général, ADAGP (Moncaut, Montgaillard) et ©CDT 47 (Montagnac-sur-Auvignon)

Dans ces images contemporaines, les photographes ne modifient guère les cadrages des cartes postales anciennes : les silhouettes des bourgs et des villages dans leur contact net avec l’environnement agricole et viticole continuent d’attirer le regard.

Une focalisation sur les cours d’eau

Les sites « naturels » ou urbains de vallées attirent aussi les photographes. Dans l’unité de paysage des Terres Gasconnes, c’est la vallée de la Baïse qui focalise le plus l’attention.

La Baïse, une rivière très présente

La rivière en panorama

Les panoramas sur la rivière sont rares. Les trois cartes postales qui suivent ne trouvent pas de véritable descendance dans l’iconographie contemporaine.

JPEG - 283.4 ko
Baïse / Lavardac, Panoramas sur la Baïse, 1905, Pointe de Gélise et Barbaste, 1909 et Vianne, vallée de la Baïse, 1913, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 147/6 ; 7 Fi 147/5 / 7 Fi 147/7

Ces trois panoramas mettent en valeur le dessin de la rivière et l’ouverture – accentuée par les prairies qui longent la rive - qu’elle offre sur les reliefs doucement vallonnés.

La rivière navigable : d’un paysage utilitaire à celui des loisirs
JPEG - 209 ko
A gauche, Lavardac, panorama Sud-Ouest, 1906 ; au centre, Moncrabeau, vue de l’écluse et du canal, sd ; à droite, Nérac, l’écluse de Nazareth, 1932, carte postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 147/8 ; 7 Fi k178/7 ; 7 Fi 199/55

La rivière navigable et ses aménagements sont des motifs importants de représentation. Dans ces images, le point de vue des photographes est davantage documentaire qu’esthétique, même si parfois, comme dans l’image de droite, la poésie du paysage de la rivière est aussi mise en scène.

JPEG - 315.9 ko
« Destination Baïse et canal », Extrait des photos mises en ligne sur le site de partage de photos Flickr
Albret tourisme

Dans cet ensemble d’images émanant du comité du tourisme de l’Albret, la Baïse est d’abord représentée pour les activités de navigation de loisir qu’elle peut offrir. Si les bateaux et le patrimoine qui bordent la rivière sont très présents, quelques vues mettent aussi en valeur les qualités paysagères et graphiques de la rivière.

L’attrait pour les sites urbains de vallées

Le cours d’eau qui traverse la ville ou le bourg, l’ouvrage d’art, le moulin ou le château le long de leurs berges, sont classiques des représentations paysagères anciennes et contemporaines. Dans l’unité de paysages des Terres Gasconnes, ces images prennent une place d’autant plus importante que le patrimoine bâti des villes, notamment au bord de la Baïse, est depuis longtemps reconnu, inventorié et souvent protégé.

Nérac : la Baïse comme perspective
JPEG - 257.8 ko
Nérac, cartes postales anciennes. A gauche, vue générale, sd ; au milieu, Vue générale du Petit Nérac, 1906, à droite, Les tanneries, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 199/78 ; 7 Fi 199/92, 7 Fi 199/95

Ces trois cartes postales du début du XXe siècle inscrivent la ville dans une composition pittoresque où s’unissent la rivière et les rives bâties. La perspective ouverte par la Baïse, renforcée visuellement par la succession des ponts, fait partie encore des représentations aujourd’hui les plus diffusées de Nérac.

JPEG - 219.1 ko
Nérac. A gauche, carte postale contemporaine, sd ; à droite, photothèque du site Internet du Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 199/154 et ©CDT47

La photographie de droite, à hauteur d’homme, en resserrant son cadre sur la fenêtre ouverte par l’arche du pont, offre une vue moins large sur le paysage de la ville que celle des cartes postales anciennes. Dans une moindre mesure, il en est de même dans la carte postale de gauche. Comme très souvent dans l’imagerie touristique urbaine contemporaine, la représentation des ambiances, à l’échelle du piéton, est privilégiée aux vues lointaines.

JPEG - 481.9 ko
Nérac, vues aériennes, cartes postales, années 1980, collection particulière

Ces deux photographies aériennes, même si elles tendent à aplatir le paysage, montrent l’évidence du dialogue instauré entre la ville et la rivière et entre la ville et son environnement agricole. C’est bien ensemble qu’ils dessinent un paysage.

Barbaste et autres moulins

Le moulin fortifié d’Henri IV et le pont roman qui enjambe la Gélise forment une des figures les plus mises en images du patrimoine des Terres Gasconnes.

« On voit, à la tête de ce pont, un bâtiment carré, surmonté de quatre petites tourelles, terminées en pointe, et inégales entr’elles. Ce monument singulier est très ancien : on prétend qu’il fut bâti par quatre sœurs, qui voulurent, par ces tourelles, désigner l’inégalité de leur âge et de leur taille. Ce bâtiment servait à la fois de fort et de moulin, Henri IV, auquel il appartenait, y tenait une garnison, et aimait à se qualifier de meunier de Babaste. »

Lafont-du-Cujula, Annuaire ou Description statistique du département de Lot-et-Garonne..., 1806

Les cartes postales anciennes sont aussi très nombreuses à figurer les autres moulins qui s’égrènent le long de la Baïse ou du Gers.

JPEG - 316.3 ko
Moulin de Barbaste
A gauche, carte postale ancienne, sd, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 21/4
Au milieu, carte postale moderne, sd, collection particulière
A droite, photothèque ouverte du comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne, ©CDT47

Trois manières de regarder le paysage créé par le moulin et la Gélise. Dans l’image de gauche, la rivière et ses rives tiennent autant de place que les quatre tours du moulin qui s’élancent vers le ciel. Au centre, la photographie aérienne oblique donne la mesure de l’inscription du site dans son environnement et permet d’en saisir l’ampleur. A droite, le moulin et le pont emplissent l’essentiel du cadre, la rivière jouant le rôle d’un miroir.

JPEG - 268.6 ko
Moulins. De gauche à droite, Astaffort, 1909 ; Lavardac, 1906 et Casteljaloux, sd, cartes postales anciennes
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 15/17 ; 7 Fi 147/11 ; 7 Fi 52/47

Trois rivières différentes, le Gers, la Baïse et la Gélise, le même motif du moulin qui anime la vallée par sa présence affirmée et les retenues d’eau qui lui sont associées. La carte postale de Lavardac sur la Baïse est la seule à élargir le cadre au delà du moulin et à montrer l’ouverture créée par la rivière dans le paysage doucement modelé des Terres Gasconnes.

Au delà des ambiances de rues, des représentations aussi de parcs et de promenades plantées

L’iconographie ancienne, ici presqu’exclusivement la carte postale, s’attarde assez largement sur les ambiances des rues et les places des villes et des bourgs. Le parc du château de Nérac, premier site classé d’Aquitaine, les allées plantées sont des composantes essentielles des paysages urbains et sont anciennement valorisés par l’iconographie comme tels.

La Garenne de Nérac

JPEG - 307.4 ko
Nérac, La Garenne, photo, 1895, et cartes postales anciennes, 1906 et 1913
A gauche, Photo Amélie Galup, 1895, Donation Amélie Galup, ministère de la Culture (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)
Au centre et à droite, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 199/77, 7 Fi 199/31

Classé depuis 1909, le site de la Garenne de Nérac, grande promenade boisée le long de la Baïse, est un sujet pour les photographes depuis la fin du XIXe siècle.

Allées et places plantées

JPEG - 398.5 ko
De gauche à droite, cartes postales anciennes de Lavardac, sd, Moncrabeau, sd, Vianne, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne 7 Fi 147/23, 7 Fi 178/9, 7 Fi 319/15

Les photographes du début du XXe siècle valorisent la présence des arbres plantés le long des rues ou sur les places des villes et des bourgs. Ils mettent ainsi en scène à la fois l’agrément que les arbres apportent à la promenade ou la détente, la graphique de leur port, et les perspectives qu’ils soulignent.

La campagne représentée pour elle-même : un phénomène contemporain et non institutionnel

Alors que le relief et les espaces ouverts des Terres Gasconnes offrent de larges panoramas, les images de ce type sont à peu près absentes de l’iconographie ancienne. Très rares sont également les images institutionnelles actuelles qui donnent à voir en plan large le paysage rural et agricole de cette partie du département. En revanche, les images mises en ligne par les internautes montrent que ces espaces sont très appréciés, d’autant plus s’ils intègrent un élément architectural patrimonial isolé tel qu’une église, un moulin, un pigeonnier…

JPEG - 221.8 ko
Capture d’écran, site Internet Google maps, octobre 2014

Les paysages agricoles sont bien représentés et leur qualités graphiques mises en valeur par les photographes. Mais indéniablement c’est le patrimoine, notamment des pigeonniers, qui attire tous les regards.

L’invisibilité des paysages contemporains

Les paysages contemporains construits sont totalement absents des représentations. Elles montrent ainsi un visage des Terres Gasconnes épargné par l’urbanisme de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe.

JPEG - 112.5 ko
Nérac

Une rare image – ici un lycée - qui montre que les villes des Terres Gasconnes ont aussi leur lot de constructions et d’implantations urbaines caractéristiques de l’urbanisme des années 1970-1980.