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Cours d’eau et bastides, « fondamentaux » des représentations des paysages

Fleuves, canaux, rivières sont parmi les motifs les plus présents dans les représentations paysagères du département, et quels que soient leurs supports (littérature, peinture, photographies, cartes postales…). Dans les descriptions anciennes, les vallées de la Garonne et du Lot, à l’origine du nom du département, sont toujours amplement décrites et vantées, autant pour les bénéfices qu’elles apportent au territoire, que pour la beauté de leurs paysages. Il en est de même aujourd’hui, d’autant que tourisme fluvial, voies vertes, circuits de randonnées, intérêt pour la nature… contribuent à l’appétence de ces lieux.

Garonne, Lot, rivières, canaux : des motifs puissants

« Plus que les caractéristiques physiques et climatiques, l’eau joue un rôle déterminant dans les pays garonnais. De ce point de vue, la Garonne est à la fois dangereuse par ses crues brutales, nourricière en raison des apports d’alluvions et en eau d’irrigation, favorable à la mise en place des moyens de communication modernes. »

Charrié (Jean-Paul), Le Lot-et-Garonne (Guide touristique Connaître), Sud-Ouest, 2009

«  (…) Mais un fleuve évolue, au gré des saisons et au long de son cours. Garonne alanguie des étés torrides ou Garonne sinistre des grands débordements ? Fougue du torrent pyrénéen ou grâce majestueuse du large ruban d’eau des plaines d’aval ? Chacun perçoit à sa manière une identité aux visages changeants ; ici, danseuse qui virevolte, alerte comme fille d’Espagne avec, qui sait, un peu de sang gitan... et là, grande dame à la distinction un peu hautaine, châtelaine en ses vignes à la stricte ordonnance...
A ces images, on peut ajouter – en préférer – une autre : celle de la partie médiane du cours. Là, entre Toulousain et Bordelais, de Grisolles ou Mas-Grenier à Tonneins ou Marmande, le linguiste a noté un usage fort significatif : pour désigner le fleuve, on supprime l’article, utilisé par contre s’il s’agit d’un affluent. Et lorsque le riverain, mieux,
lou ribierenc, dit « Me’n vau a Garonna », n’est-ce point le signe d’un lien privilégié, d’une véritable intimité, voire d’une complicité entre l’homme et le fleuve ? Garonne est ici bien plus qu’une donnée de la nature : c’est un être vivant. Amie qui apporte le limon, remplit la nasse, arrose maïs ou tabac ; ennemie qui rompt la digue, ravage le champ, étale la grave infertile... Qu’importe ! Dans tous les cas, c’est le partenaire avec lequel il faut compter, avec lequel on entretient un rapport passionnel, riche de toutes les ambiguïtés. »

Rivières et vallées de France : La Garonne, sous la direction de Christian Bernard, Privat, 1993

Un motif naturel de premier ordre

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Ferdinand David (1861-1944), Garonne avant la pluie, vue de la côte de Lécussant, lieu-dit l’Estelle, 1914, Collection particulière
Extrait du catalogue d’exposition, Agen vu par ses peintres, Agen, église des Jacobins, 14 février – 15 avril 2013

Ferdinand David a peint presqu’exclusivement des paysages des bords de la Garonne. Ici, à partir d’un point de vue panoramique, le fleuve est le motif principal. Au centre de la composition, la Garonne, par son ampleur, son dessin, sa couleur, éclaire et anime le paysage auquel elle donne toute sa valeur.

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Ferdinand David (1961-1944), Bord de Garonne, sd, Collection particulière
Extrait du catalogue d’exposition, Agen vu par ses peintres, Agen, église des Jacobins, 14 février – 15 avril 2013

Ferdinand David donne ici une vision plus douce de la Garonne qui n’est plus représentée comme une composante sublime du paysage, mais comme une compagne intime et proche.

On ne compte pas les peintures, textes anciens ou contemporains où s’expriment l’attachement et l’attraction que procurent les cours d’eau du département. La Garonne, le Lot et, dans une moindre mesure, le Dropt, la Baïse, la Lède… ont été décrits et mis en images par tous les auteurs qui se sont intéressés au territoire.

Parmi ces rivières, le Lot est décrit comme « une des plus belles rivières de France », et les paysages de la Garonne, compte tenu de la force historique et symbolique du fleuve, sont particulièrement reconnus et étudiés. Ainsi, par exemple, depuis février 2014, un observatoire photographique interrégional sur le territoire de la « Garonne marmandaise » a été mis en place dans le cadre d’un large partenariat institutionnel. Selon différents critères, des sites sont ainsi photographiés régulièrement, dans une démarche intégrant les habitants, signe, s’il en est, de la forte présence esthétique et sociale des paysages du fleuve et de l’intérêt pour l’évolution de ses paysages, pour son histoire et les perceptions qu’en ont ses habitants. [1]

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A gauche, Vue panoramique sur la Garonne à Agen, 1920-1930 ; à droite, le Lot à Saint-Vite, 1987 ; A droite, le Lot à Saint-Vite, 1987
Archives départementales de Lot-et-Garonne ; 40Fi_128 et 7 Fi 279/8
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A gauche, Lavardac et Vianne, la vallée de la Baïse, 1913 ; à droite, Allemans-du-Dropt, la vallée du Dropt, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne ; 7 Fi 147/7 et 7 Fi 5/10
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Clairac, Vue panoramique sur le Lot et vers le Pech de Berre, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 65/39

Cet échantillon de cartes postales issues du fonds des archives départementales est représentatif de l’importance prise par le motif des cours d’eau dans la production photographique de paysages au début du XXe siècle. Mais, comme en témoigne aussi la photo aérienne de Saint-Vite prise dans les années 1980, ce goût ne s’est pas démenti depuis.

Le fleuve nourricier mais dangereux

Cette représentation ancienne des paysages a aussi mis en scène les inondations, indissociables de l’imaginaire et de la réalité de la Garonne.

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Inondations à Agen, 1918 et 1930
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 40Fi_212 et 40Fi_96

L’image de gauche montre la modification radicale du paysage provoquée par l’inondation (ponts presque submergés, berges et arbres engloutis…) et la place qu’y prend soudain le fleuve ; à droite, dans cette photographie à la composition très soignée, le fleuve vient étendre son emprise jusque dans un cours, dont la belle perspective mise en valeur par les plantations d’alignement, est comme sublimée par la présence de l’eau. Ces deux images concourent à renforcer la figure ambiguë mais très puissante de la Garonne : un beau fleuve nourricier mais dangereux.

Les cours d’eau, motifs pour la représentation des villes

« Ce fleuve d’été, au bord duquel nous demeurions malgré la chaleur, il porte en lui, dans sa mémoire ou dans son avenir ou dans sa contemporanéité, Toulouse, Tonneins, Aiguillon, Agen, Port-Sainte-Marie et des terres avec leurs pruniers et leurs champs de tabac et déjà les brunes d’une aube pâle de novembre.  »

Pierre Sansot, Variations paysagères, (Petite bibliothèque Payot), Payot et Rivages, 2009

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Nombre de cartes postales par commune, site Internet des Archives départementales de Lot-et-Garonne, 2014
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Nombre de cartes postales par commune de Lot-et-Garonne, site Internet de vente en ligne de cartes postales Delcampe, 2014

Les villes, bourgs, villages situés dans ou à proximité de vallées bénéficient, d’une manière générale - il s’agit aussi des villes le plus souvent les plus importantes - d’une meilleure représentation que les communes plus éloignées des cours d’eau.

Ainsi, sur un fonds de plus de 3500 cartes postales en ligne sur le site des Archives départementales, plus de 10 % intègrent des motifs de cours d’eau. Cette proportion est relativement importante, alors que les sujets des cartes postales anciennes sont le plus souvent les monuments historiques (églises, châteaux), ou les rues, places, bâtiments publics des villes et des villages.

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Tonneins – Panorama - Vue prise d’une terrasse sur la Garonne, 1912 ; vue d’ensemble, 1904
Archives départementales de Lot-et-Garonne 7 Fi 311/6 ; 7 Fi 311/11

La première vue de Tonneins (à gauche) met en scène un front urbain sur la Garonne. Le style de la prise de vue évoque celle des sites balnéaires, notamment bretons. Cette image n’est pas générique des villes riveraines de la Garonne ou du Lot où, en raison des risques d’inondation, les sites urbains sont le plus souvent en retrait des cours d’eau.
A droite, cette carte postale propose le paysage du fleuve et de la ville animé par la présence des gabarres et des gabarriers.

Le cours d’eau aménagé : pont, quai, canal

L’association dans une même image d’éléments bâtis, de préférence anciens, aux cours d’eau qui les jouxtent est un motif traditionnel des représentations des villes.

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A gauche, Agen, promenade du Gravier et le pont de pierre, 1949 ; à droite, Agen, tablier du pont suspendu, au fond, le pont-canal, première moitié du XXe siècle
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 1/845 et 40Fi_214

Dans ces deux images, le fleuve, son environnement, les ouvrages qui lui sont propres ne font que suggérer la présence de la ville. A gauche, c’est la promenade plantée qui évoque la présence urbaine, à droite, ce sont les promeneurs sur le pont.

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A gauche, Nérac, tanneries, sd ; à droite, Villeneuve-sur-Lot
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 199/18

Les ponts de villes, représentés autrefois comme des signes de la modernité, regardés davantage aujourd’hui sous un angle patrimonial, sont des sujets prisés de représentation. En revanche, on ne trouve finalement que peu d’images anciennes ayant trait au transport fluvial, à la batellerie, aux ports… alors que dorénavant, ces motifs ou ce qu’il en reste, considérés comme identitaires, sont devenus, notamment par le biais de leur histoire, des clés de découvertes de l’espace fluvial.

De nos jours, le cours d’eau support de loisirs

Aujourd’hui, les cours d’eau sont toujours des points de focalisation des représentations paysagères d’autant que le goût pour la « nature », la promenade, la randonnée, la navigation fluviale de loisirs ont créé de nouvelles images qui valorisent leurs paysages.

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A gauche, canal de Garonne ; à droite, véloroute de la vallée du Lot
© Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne

Ce sont les activités de loisir qui dominent actuellement les représentations paysagères des cours d’eau.

Les bastides, une focalisation plus récente

Les bastides, en tant qu’objets urbains particuliers, n’ont commencé à intéresser les historiens qu’à partir du milieu du XIXe siècle.

« Quelle régularité ! On dirait le plan d’un potager et non pas celui d’une ville.
Félix de Verneilh, 1847, à propos du plan de Monpazier (Dordogne)

« On croit voir de grands potagers distribués en carreaux et desservis par des allées droites. »
Alcide Curie-Seimbres, 1880 [2]

Mais, dans les textes de vulgarisation géographique, guides de la fin du XIXe ou du début du XXe siècles, elles ne font pas l’objet d’un traitement particulier, même si elles sont parfois déjà repérées comme un facteur d’identité.

« La région de l’Agenais, dans laquelle on pénètre après avoir traversé la petite rivière de Lède, n’offre pas des collines aussi nettement découpées que la vallée inférieure du Lot, mais le massif n’en est pas moins très élevé, s’il est plus confus. Une infinité de vallons le partagent et le plissent. Les villages et les bourgs sont bâtis sur les points culminants et conservent une allure guerrière et fière qui ne laisserait pas supposer leur faible population. Ce sont pour la plupart d’anciennes bastides. »

Ardouin-Dumazet, Voyage en France, tome 31, Agenais, Lomagne, Bas-Quercy, 1903

Aujourd’hui, les bastides - un peu plus d’une trentaine recensées dans le département - sont parmi les paysages urbains les plus valorisés et représentés, notamment pour l’architecture de leurs rues médiévales. Villeréal, Monflanquin, Cancon, Castillonnès ont choisi ainsi de nommer leur communauté de communes en se référant à la fois aux « bastides » et au Périgord voisin, mieux identifié sans doute pour son patrimoine urbain [3]. Les bastides participent donc incontestablement de l’image de marque des paysages départementaux.

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Les bastides sont un point d’entrée de la découverte de Lot-et-Garonne… et de ses paysages

« [Les bastides sont] la représentation typique que je me fais des places publiques. je vois derrière tout cela William Shakespeare, le théâtre de rue, le lieu où le village se réunit pour faire la fête dans un lieu marqué par l’histoire et le passé. Bâties sur un même principe, chacune a ses propres caractéristiques qui les rendent originales et passionnantes à visiter. Puymirol, Caudecoste, Durance, Lavardac, Monflanquin… sont de véritables joyaux du patrimoine départemental.  »

Guy Louret [4], cité par Guide de l’été Lot-et-Garonne, Gers, Sud-Ouest, 2014

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Monflanquin
A gauche, rue de l’Union et maisons du XVe siècle, 1914
Au droite, vue aérienne, 1978 mettant en évidence le plan régulier de la ville haute
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 179/12 et 7 Fi 179/39

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Monflanquin
A gauche, carte postale, années 1980, collection particulière
A droite, image proposée par la photothèque en ligne du site Internet du Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne. ©CDT47


Pour les bastides perchées (comme ici Monflanquin), une vue lointaine met souvent en évidence sa situation particulière sur le relief et sa silhouette groupée.

Sites d’implantation (bourgs perchés, de vallée…), rigueur géométrique de l’urbanisme, richesse des places centrales, architecture médiévale (fortifications, portes, églises, halles…), sont les principaux caractères des bastides mis en valeur par la photographie.

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Villeneuve-sur-Lot
Exposition en plein air des photos de Stéphane Campoin, mise en abîme les paysages urbains de la bastide de Villeneuve.
Photo : Monique Chauvin

Commande de la ville de Villeneuve-sur-Lot à l’occasion du « Mai de la photo 2013 », Stéphane Campouin a réalisé un portrait de la ville à mi-hauteur grâce à un ballon captif commandé à distance. Cette prise de vue d’en haut, mais pas trop haut, magnifie l’organisation et l’architecture de la bastide.

Châteaux et « petit patrimoine », autres valeurs des représentations des paysages lot-et-garonnais

Les châteaux, sujets et occasions de représentations paysagères

Les châteaux sont, comme partout, des motifs très présents, à la fois dans les représentations anciennes et contemporaines des paysages. S’ils sont souvent dessinés ou photographiés pour eux-mêmes, leurs sites d’implantation, souvent perchée en Lot-et-Garonne, sont l’occasion de belles images sur le paysage dans lequel ils s’insèrent.

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Château de Buzet, lithographie, 1844
in : Ducourneau, Alexandre, La Guienne historique et monumentale, 1844
Trois cents lithographies illustrent l’ouvrage d’Alexandre Ducourneau. Les châteaux y prennent une place très importante. Ce dessin du château de Buzet s’inscrit dans la tradition du pittoresque.

Trois cents lithographies illustrent l’ouvrage d’Alexandre Ducourneau dans lequel les châteaux prennent une place de choix. Ici, le château de Buzet est représenté dans la tradition pittoresque.

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Château de Bonaguil, carte postale, sd ; Dausse, château de Puycalvary, sd
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 241/35 et 7 Fi 78/4

Les hauteurs du château de Bonaguil offrent un vaste panorama sur le paysage alentour. A Dausse, la château et l’église qui coiffent le sommet de la colline aux versants cultivés et plantés, créent ensemble un beau motif de paysage bien présent dans l’iconographie départementale.

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A gauche, le château de Bonaguil ; à droite, le château de Duras
Bureau d’accueil tournage de Lot-et-Garonne
Photothèque du site Internet du Comité départemental du tourisme de Lot-et-Garonne
©CDT47

Deux images « d’appel » pour la découverte du département dans lesquelles les châteaux sont à la fois motifs et belvédères sur le paysage.

Moulins, pigeonniers, chapelles ou églises isolées, un autre attrait des paysages ruraux

A un niveau moindre bien sûr que les châteaux ou les grandes églises, les chapelles ou petites églises isolées sont toutefois des éléments des paysages ruraux départementaux appréciés des représentations. Il en est de même du « petit patrimoine rural », pigeonniers, moulins, hier en partie négligés, aujourd’hui valorisés dans les images.

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A gauche, Barbastre, carte postale ancienne, sd ; à droite, Laplume, moulin d’Escuran, carte postale ancienne, 1909
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7 Fi 21/4 et 7 Fi 137/11

Le château de Barbastre et son moulin font partie des motifs patrimoniaux les plus représentés du département.
Le moulin à vent d’Escuran, situé sur une hauteur, donne ici l’opportunité d’un panorama mis en scène sur le bourg de Laplume.

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A gauche, l’église de Mondoulens, carte postale ancienne, vers 1910 ; à droite, l’église de Condezaigues, carte postale ancienne, vers 1910
Archives départementales de Lot-et-Garonne, 7Fi315 et 7 Fi 70/2

Chapelles ou églises isolées sont des composantes bâties qui animent, par leurs silhouettes, les représentations des paysages ruraux du département.

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Pigeonniers
Pigeonniers en Lot-et-Garonne, carte postale, années 1990, collection particulière
Paysage, Bureau d’accueil tournage de Lot-et-Garonne

Il en est de même des pigeonniers qui offrent, quand ils sont surélevés, des fenêtres de vues sur le paysage alentour.

[1Pour plus de précisions voir Val de Garonne Agglomération

[2Cités par : Gilles Bernard ; Guy Ynunblut (phot.), L’aventure des bastides, Privat, 1993

[3Communauté de communes des Bastides en Haut-Agenais Périgord

[4Guy Louret est comédien, metteur en scène et directeur artistique de l’association « Les Comédiens en Agenais »