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Les paysages de Lot-et-Garonne et l’art
****Malgré des œuvres intéressantes, littérature et peinture n’ont pas, en Lot-et-Garonne, l’impact que les chefs d’œuvre du romantisme et de la peinture impressionniste ont eu par exemple sur les paysages des côtes bretonnes, de l’Île-de-France ou de la Provence. Si quelques artistes d’envergure nationale ou internationale ont évoqué les qualités des paysages départementaux, ou s’en sont inspirés (Stendhal, Marguerite Duras, plus récemment Michel Serres ou Pierre Sansot pour les écrivains ; Edmond Boissonnet ou Roger Bissière pour les peintres), ce sont surtout des artistes au rayonnement local ou régional comme Ferdinand David ou Léo Drouyn qui s’y sont attachés. Cependant, le nouvel intérêt pour la peinture régionale et pour le paysage fait que ces artistes bénéficient, depuis quelques années, d’une meilleure connaissance, que des livres ou des expositions aident à diffuser. Par ailleurs, aujourd’hui, résidences d’artistes, parcours et commandes artistiques, « raconteurs de pays » renouvellent, même à la marge, la représentation des paysages du département.
Campagne et Garonne : motifs des peintres
Au XIXe et début du XXe siècle, un certain nombre de peintres, natifs ou vivant dans le département, se sont emparés des paysages comme sujet de leur peinture. Une exposition en 2004 au musée d’Agen avait remis à l’honneur ces artistes souvent méconnus. « L’immense succès des Impressionnistes et des avant-gardes du début du XXe siècle a longtemps fait ombrage à tous ces artistes qui furent aussi très appréciés de leur vivant. Héritiers des principaux courants picturaux du XIXe siècle, ayant su en assimiler les diverses tendances, ils se sont inscrits avec talent dans l’art de leur temps » précisait le dossier de presse de Peindre au XIXe siècle en Lot-et-Garonne. Cette exposition n’avait pas pour autant pour objet « le Lot-et-Garonne vu par ses peintres » mais plutôt la reconsidération de la qualité picturale des œuvres présentées. Elle fut pourtant, comme plus récemment Agen vu par ses peintres, l’occasion de montrer des représentations artistiques de valeur ayant pour sujet le paysage.
Parmi les artistes exposés dans ces manifestations et dont certaines œuvres sont visibles dans les musées départementaux, celles de Ferdinand David (1861–1944), inspirées de l’école de Barbizon, sont remarquables car presqu’exclusivement consacrées aux paysages des bords de la Garonne : « Ses paysages sont des impressions, des sensations, des notations de lumière ou de poésie, qui reflètent la sérénité et la douceur du Lot-et-Garonne, source intarissable d’inspiration. Bosquets d’arbres ou chênes solitaires, bords de Garonne, plans d’eau, pêcheurs dans la lumière du petit matin, ou encore vues de petits villages : tels sont les sujets favoris de Ferdinand David, qui peint très souvent sur le motif. Il laisse une œuvre considérable, empreinte de poésie et de sérénité, à l’affût d’une atmosphère ou du rythme des heures et des saisons sur ce pays qu’il a tant aimé. » [1]
Au-delà de l’importance prise par le motif des arbres, ces deux toiles rendent compte de campagnes aux ambiances assez différentes. Dans la première, les tons chauds - rouge, ocre, jaunes - employés pour les toits, les chemins, les champs, expriment la lumière et la chaleur des paysages du Midi. Dans la seconde, la palette plus froide, l’absence de relief, le ciel en mouvement, la place donnée aux motifs des arbres isolés, évoquent une campagne moins imprégnée des ambiances méridionales.
L’exposition Agen vu par ses peintres rend également hommage au travail d’un autre artiste local, Jean Torthe.
Une vue panoramique de la Garonne dans sa traversée d’Agen marquée par la présence des deux ponts. Si le fleuve, au centre de la toile, attire par sa lumière immanquablement le regard, le peintre met aussi en scène sa relation avec la campagne alentour. Le cadrage de la vallée est également souligné par les reliefs, bien marqués au premier plan, et amples à l’arrière-plan (hauteurs de Moirax et Layrac dans la brume).
« Le paysage y est le sujet peint. L’inspiration est bien paysagère, son interprétation abstraite. Le tableau est souvent, lui même, la traduction non-figurative d’une impression paysagère passée au filtre du talent et de la subjectivité de l’artiste. » Extrait du site Internet du CAUE 47
Des paysages en panoramas
Villages perchés, collines, coteaux sont favorables aux vues panoramiques. La peinture et la photographie se sont saisies de ces opportunités.
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Cette vue sur la vallée du Lot est un exemple des nombreux panoramas représentées à partir des points de vue offerts par les coteaux et les collines du département. |
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Les cours d’eau et leurs vallées (à gauche, celle de la Baïse à Lavardac) sont, grâce aux points de vue offerts par leurs coteaux, des sujets de choix pour la carte postale ancienne. A partir des années 1960, les vues aériennes ont été généralement préférées aux vues panoramiques classiques, donnant une vision plus stéréotypée des paysages et finissant par les faire tous se ressembler un peu.
Cette photographie de l’esplanade de Laparade est proposée par le Bureau d’accueil de tournage de Lot-et-Garonne comme exemple de « paysages » pouvant servir de décor pour un film, téléfilm… Le panorama est considéré ici comme un atout, un facteur d’attractivité des paysages lot-et-garonnais.
Le dessin, la gravure, le pittoresque d’abord
La gravure, seule ou illustrant des ouvrages touristiques ou de littérature « savante », a permis de diffuser largement les représentations de paysage. Au XIXe siècle, elles contribuent aussi à fixer le goût pour les paysages pittoresques.
A gauche, la gravure met en scène le pittoresque des activités d’une rue de Monflanquin. Mais son cadrage original offre aussi une profonde perspective sur le paysage au loin.
A droite, cette image de Nérac est représentative des paysages pittoresques (cours d’eau, berges ombragées offertes à la promenade, bâtiments historiques…), mis généralement en scène par la gravure du XIXe siècle.
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L’intérêt du XIXe siècle pour la sauvegarde du patrimoine des monuments historiques a suscité de nombreuses représentations sous forme de dessins ou de gravures. Ici, la représentation du château médiéval et du village accroché à ses flancs, motifs principaux du dessin, donnent aussi à voir le paysage dont le relief est la composante essentielle.
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Les éditions de l’Entre-deux mers se sont assignées la tâche de publier l’œuvre de l’artiste et archéologue Léo Drouyn qui a traversé le XIXe siècle et a laissé un fonds iconographique exceptionnel de milliers de dessins sur l’Aquitaine. En Lot-et-Garonne, il a dessiné des hauts lieux du patrimoine départemental mais aussi la vallée du Lot, des villages et des hameaux où l’habitat rural tient une grande place.
La photographie, une approche documentaire et artistique
La photographie a été un vecteur essentiel à partir de la fin de XIXe siècle de diffusion d’images de paysage, notamment par la carte postale. Souvent inspirée de la tradition picturale, elle a rendu compte aussi de paysages plus contemporains comme ceux de l’industrie.
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Grands paysages inspirés de la tradition picturale, photos documentaires, la photographie de la fin du XIXe siècle a créé un fond très important de représentation paysagère.
Aujourd’hui le paysage est encore un sujet d’inspiration des artistes photographes comme Raymond Depardon, pour les plus connus. Leurs approches, très diverses, ont au moins le point commun de rendre compte des paysages contemporains pour parfois tenter d’en percer une signification artistique, politique ou sociale.
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« Raymond Depardon observe son pays depuis longtemps, touché personnellement par les grandes mutations rurales et urbanistiques de la deuxième moitié du XXe siècle et, fort de ses reportages sur le territoire français (pour la Mission photographique de la DATAR, puis l’Observatoire photographique du paysage), décide en 2004 de réaliser une « démarche folle et personnelle (photographier, seul, à la chambre 20 x 25), […] la France des sous-préfectures. […] J’avais fui cette France-là qui m’a vu naître, je me devais bien de lui consacrer du temps pour essayer de la comprendre, […] essayer de dégager une unité : celle de notre histoire quotidienne commune ».
in : Fiche pédagogique autour de l’exposition : 30 septembre 2010 - 9 janvier 2011, BnF François-Mitterrand
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Sur l’invitation de Pollen, Pôle régional de ressources artistiques et culturelles basé à Montflanquin, les deux photographes ont arpenté pendant deux semaines la commune de Cuzorn dans l’idée de réaliser une série de cartes postales du village, se jouant des codes et de l’esthétique un peu kitch de la carte postale tout en refusant délibérément le pittoresque.
Cependant, la photographie de « beaux paysages » reste très présente dans la production professionnelle. En résidence aussi à Monflanquin en 2008, le photographe et peintre Christian Garrier, offre une lecture plus traditionnelle du paysage.
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Christian Garrier a choisi de rester dans la tradition de la photographie de paysage, même si certaines de ces images se focalisent parfois sur des figures plus insolites comme à Monbahus.
La littérature, des évocations circonscrites
Les paysages lot-et-garonnais sont assez peu évoqués par la littérature. Si Stendhal parle d’Agen et de la Garonne dans ses carnets de voyage et fait, dans Le Rouge et le Noir, un portrait flatteur des paysages départementaux en les comparant à ceux de la Toscane ; si Marguerite Duras, a choisi son nom de plume en souvenir de ses vacances dans la vallée du Dropt et que dans son premier roman, Les Impudents, elle en évoque quelquefois les paysages ; si Michel Serres ou Pierre Sansot ont été marqués et inspirés dans leurs recherches par leur enfance passée dans le département… ces représentations restent, hormis le mot de Stendhal sur la Toscane, relativement confidentielles.
| Un hommage à l’écrivaine qui avait passé une partie de son enfance dans la région. L’association Marguerite Duras y fait un travail de diffusion de son œuvre. Contrairement à ce que suggère cette plaque, le roman n’offre, hormis le rôle important des atmosphères – le temps qu’il fait - et l’évocation fréquente du cours d’eau, que peu de descriptions de « paysages ». |
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« Pénétrer l’univers de Marguerite Duras, c’est parcourir les forêts du Vietnam, les longues terres écartelées par le Mékong, longer ses affluents, la boue des rizières, atteindre "l’eau mortelle du Gange"… ou la plage des Roches Noires de Trouville.
Mais la région de Duras, en Lot-et-Garonne, est, elle aussi, terre d’écriture et source de création. »
[1] In : Catalogue de l’exposition Peindre au XIXe siècle en Lot-et-Garonne






















