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Les jardins de Lot-et-Garonne, un patrimoine méconnu

Si les terres et le climat de Lot-et-Garonne sont propices à l’agriculture, comment ne le seraient-ils pas pour les jardins ? En réalité le département recèle de nombreux parcs et jardins, dont l’éventail se déploie depuis les simples potagers, jusqu’à quelques grandes compositions historiques prestigieuses. Mais à la différence de son voisin la Dordogne, qui, stimulé par l’activité touristique, a depuis longtemps inventorié son patrimoine de jardins, le Lot-et-Garonne connaît mal ses jardins. Il est vrai que le jardin est souvent le lieu même de l’intimité familiale, ce sont des lieux fragiles, qui ne résistent pas toujours à la pression urbaine, au temps qui passe, aux intempéries, ou au manque d’entretien. Tous ces facteurs conjugués font des jardins de Lot-et-Garonne un patrimoine méconnu.

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Les jardins de Lot-et-Garonne, un patrimoine méconnu
A gauche : Le jardin Jayan, jardin public au centre d’Agen, conçu à la fin du XIX ème siècle conserve de beaux arbres d’origine.
Au centre : Le château de Virazeil, établissement médical, entouré de son parc est mis en valeur par les deux allées majestueuses de platanes qui encadrent la prairie et la perspective sur la plaine. Virazeil
A droite : Petits jardins domestiques en rive de la Lède qui contribuent au charme et au pittoresque de l’ensemble urbain. Casseneuil

Des compositions prestigieuses anciennes

Commençons par deux grands jardins exceptionnels qui se déployaient au pied de leur château. La carte de Belleyme, éditée à la fin du XVIII ème siècle, rend compte du parc qui se développait au pied du château de Duras, en terrasses sur le versant, puis dans la vallée du Dropt. Si le parc a disparu et l’entité foncière largement divisée au cours des siècles, néanmoins il est très émouvant, en comparant photographie aérienne actuelle, cadastre napoléonien et carte de Belleyme, de constater que la composition paysagère du XVII ème siècle reste perceptible, en filigrane sur la photographie aérienne. Et quand des travaux, dans une bâtisse implantée sur les terrasses, révèlent l’escalier monumental, couvert, à volées droites qui reliait le château, les terrasses supérieures et le parc, la certitude est acquise que ce splendide parc a bien existé, et qu’il ne s’agit pas d’une fantaisie du cartographe.

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Représentation du parc du château de Duras sur la carte de Belleyme. Malgré les siècles et la disparition du parc, la composition se devine en filigrane : le tracé des voies, le dessin parcellaire et la toponymie gardent une part de mémoire.

Le parc du château de Nérac est mieux connu et mieux identifié, même s’il a subi abandon et division parcellaire. Le bâtiment des bains du Roy en rive gauche de Baïse contribue au repérage du jardin, tout comme le parc de la Garenne, en rive droite, qui se présente aujourd’hui comme une agréable promenade plantée. Ce grand parc, qui se développait sur les deux rives, fut commencé par Henri Ier d’Albret au cours de la première moitié du XVI ème siècle, puis agrandi par Henri III de Navarre, futur Henri IV. C’était une œuvre remarquable de la renaissance, dont la partie la plus ornée, la plus savante se trouvait en rive gauche, au lieu-dit jardin du Roy, dont des documents d’archives témoignent de la magnificence. Ils subsistent quelques éléments maçonnés, notamment des morceaux de colonnes baguées présentant un bossage rustique, et une tortuguière, bassin destiné aux tortues. Au fil de la Baïse, on retrouve dans plusieurs parcs voisins ces tortuguières. Ce sont des bassins maçonnés, très caractéristiques des jardins d’élite de la renaissance.

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Bâtiment des bains en rive gauche de Baïse qui marquait l’angle nord-ouest du jardin du Roy. Nérac
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Le bâtiment dit le chalet à l’extrémité de la garenne, en rive droite de la Baïse. Nérac

L’analyse du cadastre napoléonien permet de révéler d’autres parcs d’exception, dont certains sont encore en place. Pour respecter l’intimité des propriétaires, nous ne citerons pas ces lieux, nous nous contentons de présenter quelques extraits significatifs du plan cadastral qui expriment en substance l’ampleur ou l’originalité de ces compositions. Il est certain qu’un inventaire systématique pourrait confirmer que l’art des jardins a au cours de l’histoire, inscrit de très belles œuvres dans le Lot-et-Garonne qui pour certaines sont encore sous nos yeux.

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A gauche : exemple d’un jardin régulier composé de part et d’autre du château. Trenqueleon. Centre gauche : Bois en étoile, avec indication de la ménagerie, élément caractéristique des grands parcs classiques. Xaintrailles. Centre droit : Rare exemple de représentation d’un parc paysager dit à l’anglaise avec des tracés arrondis. Lalanne. A droite : Représentation d’un jardin entouré d’eau, type « carrés en île », vocabulaire des jardins de la Renaissance. Pindères.
Extraits du cadastre napoléonien, source : archives départementales de Lot-et-Garonne

Des bouquets serrés dans le paysage agricole, les parcs du XIX ème

Dans la découverte des paysages du département, toute unité confondue, excepté la forêt landaise, de loin en loin, se dressent les silhouettes de parcs touffus, où dominent les essences traditionnelles du XIX ème siècle et particulièrement les cèdres. Quelquefois, il ne s’agit que d’un bouquet de quelques sujets autour de la demeure, dans d’autres cas, il s’agit de véritables parcs composés, quelquefois par des paysagistes de renom. Sous la belle masse végétale qui les signale, ils abritent, pour certains des éléments de rocaille, une orangerie, une serre, une glacière, tout un éventail d’éléments propres à l’art des jardins. Ces parcs peuvent être plus anciens que l’image qu’ils renvoient, ils ont gardé des structures régulières, soit maçonnées soit hydrauliques. Mais cette perception n’est pas accessible au public, la plupart de ces parcs sont des propriétés privées dont l’accès n’est pas libre. Pour autant ils participent à la qualité du paysage collectif, par l’inclusion dans l’environnement agricole, de leurs masses boisées, souvent en pleine maturité, composées d’arbres de plus d’un siècle.

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A gauche : Grande densité végétale du parc composé autour du château avec une dominante de cèdres qui constituent également l’alignement de l’allée principale. Au centre : Elégante serre à l’abri sous un vieux cèdre ; les serres font partie des éléments caractéristiques des parcs du XIX ème siècle. A droite : Grand parc ou petit bouquet serré autour de la maison de maître, les cèdres émergent dans le paysage agricole.

Il est à noter que ces compositions paysagères de la deuxième moitié du XIX ème siècle répondaient à un effet de mode et sont assez semblables quel que soit le lieu où elles sont implantées. Par contre, le paysagiste de l’époque avait à cœur de dépasser les limites foncières et organisait sa composition de manière à ouvrir des perspectives sur la campagne. C’est ainsi que l’on peut retrouver hors du parc quelques sujets horticoles qui servaient à cadrer la fenêtre de vue, par exemple des cyprès chauves « échappés » désormais dans la peupleraie. Cette mode des parcs paysagers, dit « à l’anglaise » a aussi gagné les villes. Le parc de la Préfecture à Agen en est un très bel exemple, en termes de modelés, de composition spatiale et d’essences. Il en existe d’autres exemples.

Les jardins potagers, une transition douce entre le parcellaire bâti et le parcellaire agricole

A l’opposé de ces parcs si visibles, il y a les potagers. Discrets et modestes, ces jardins domestiques méritent une grande attention parce que leur intérêt, en termes de paysage est aussi déterminant bien qu’il soit moins facilement pris en compte.
Le potager, complété par quelques fruitiers est un jardin « intemporel », il ne renvoie pas à une époque particulière. L’image du potager, son iconographie est présente dès le moyen-âge. C’est pourquoi la petite pièce de culture adossée à la joualle que l’on perçoit de la route ou bien les parcelles jardinées qui bordent les villages, ou encore celles qui occupent les terrasses de Garonne, en contrebas des maisons, toutes ces situations de jardins témoignent d’une présence humaine proche et attentive, rappellent le caractère nourricier universel de la terre, et pour ces raisons mêlées, confèrent au paysage une dimension sensible particulière et une valeur d’authenticité. Mais le jardin potager est très fragile, c’est souvent quand il disparaît que l’on mesure le rôle qu’il jouait dans le paysage. Pour s’en convaincre, il suffit de croiser du regard des potagers abandonnés, enfrichés, ou remplacés par des jardins horticoles, solidement protégés par des haies rectilignes opaques : le sol disparaît, la vue est soustraite, l’habitant est invisible. Tout cela fabrique un tout autre paysage dans lequel l’échelle de l’intime et du particulier n’a plus place.
Une autre qualité du potager est sa transparence, il laisse voir le sol, la pente s’infléchir, le regard passe à travers sa clôture et se faufile, se promène.
Dans la conception du plan normé des bastides, où la densité du bâti était grande autour de la place centrale, les jardins étaient prévus en périphérie de la forme urbaine, pour échapper aux ombres portées des maisons. Cette disposition a perduré même si parfois des bâtiments annexes sont venus empiéter sur les parcelles. Cette implantation en périphérie n’était pas réservée aux bastides. Dans les villages perchés, contraints par la topographie ou les anciennes murailles défensives, les jardins sont « hors les murs, sur les versants bien exposés. Ces couronnes de jardins, quand elles existent encore, par la taille des parcelles et l’occupation du sol assurent une transition progressive entre la forme urbaine dense et le parcellaire agricole. Elles permettent de percevoir à la fois, le bâti, les façades des maisons, mais également le sol, le versant, sa pente et plus loin le grand paysage.

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A gauche : les couronnes de jardins en lisière des villages laissent le champ libre pour contempler l’architecture. Lacapelle-Biron. Au centre : exemple d’un petit verger qui assure la transition entre la maison et le parcellaire agricole. A droite : Le jardinier est à l’œuvre et nous permet de contempler son œuvre ; c’est plus aimable que les murs de conifères taillés au cordeau de certains quartiers. Villefranche-de-Queyran.

Des squares urbains aux nouveaux parcs de nature

Dans les villes, au XIX ème, suivant en cela les modes hygiénistes, des aménagements paysagers voient le jour. A l’emplacement des anciens fossés comblés prennent place les promenades plantées, ornées par des éléments de statuaires, de petits squares et souvent le kiosque à musique. Marmande en propose un bel exemple. Des jardins publics sont créés, comme, à Agen, le Jardin Jayan ou le square du Pin qui sortent de terre dans le dernier quart du XIX ème siècle. Mais cette invention de jardins publics ne durera pas très longtemps, la campagne semble trop proche. Par contre, des propriétés privées de centre-ville ou centre-bourg passeront dans le domaine public et ouvriront leur parc, comme à Tonneins, par exemple, le parc de la mairie.
Depuis peu, de nouveaux parcs voient le jour. Ce sont des lieux aménagés, moins jardinés, plus « naturels » où le champ libre est laissé aux enfants pour s’amuser, des lieux d’apprentissage des grands espaces, des lieux où retrouver des amis sans gêner ses voisins. C’est le cas du parc de la Filhole à Marmande ou le parc de Passeligne sur l’agglomération d’Agen. Dans un territoire très cultivé comme le Lot-et-Garonne, où peu d’espaces restent vacants, ces nouveaux parcs répondent à un besoin de nature et d’évasion « facile » pour les familles. Ils prennent place comme les anciens potagers, à l’interface entre les villes et les champs.

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Le parc naturel urbain en limite d’agglomération agenaise occupe d’anciens sites de gravières. Il offre des espaces récréatifs et des itinéraires de promenades

Les jardins, comme vecteurs de tourisme

Le département compte quelques jardins ouverts au public, dont la plupart sont des propriétés privées, excepté quelques parcs publics. Dans l’ensemble ce sont des parcs ou des jardins relativement jeunes, dont l’attrait repose sur la qualité de l’aménagement, la richesse botanique et l’accueil. Quatre d’entre eux bénéficient du label jardin remarquable, qui est un label national : le jardin du cloître de Marmande, la pépinière de nénuphars de la Tour-Marliac, le Jardin de Boissonna dans la vallée du Dropt, à Baleyssagues, le Jardin de Beauchamp, à Marmande. Ce patrimoine reste aujourd’hui trop peu connu et valorisé.

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Les bassins rectilignes de culture des nénuphars, pépinière la Tour Marliac. Le-Temple-sur-Lot
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Le contour arrondi des bassins de présentation sont surlignés par les alignements de pots, pépinière la Tour Marliac. Le-Temple-sur-Lot

Pour en savoir plus

- Site du comité du tourisme du département qui décrit ces parcs avec précision et complète par des informations pratiques : Parcs et jardins en Lot-et-Garonne

- Site de la Drac Aquitaine : Jardins remarquables en Lot-et-Garonne