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Les paysages sont en constante évolution

Les traces de l’histoire

Les paysages gardent la mémoire des différentes strates de l’histoire. Le temps efface bien sûr bien des choses, mais il est toujours possible de repérer les traces de différentes époques historiques préservées dans certains contextes. Certains tracés de chemins ou implantations villageoises sont ainsi très anciens et cette permanence leur confère une valeur particulière.

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Les traces du parc du château de Duras - Carte de Belleyme de 1785 à gauche et cartes contemporaines au centre et à droite. Source Géoportail
Malgré les siècles et la disparition du parc, la composition se devine toujours en filigrane en 2015 : le tracé des voies, le dessin parcellaire et la toponymie gardent la mémoire du domaine.

Les paysages évoluent sans cesse. Les traces des évolutions passées permettent de comprendre comment se sont formés les paysages actuels. Il est également possible de repérer ce qui est en train de changer aujourd’hui. L’œil aiguisé peut lire la trace d’une haie arasée sur un versant, analyser la mutation des paysages périurbains… La question ensuite est de savoir comment accompagner ces évolutions afin de conserver des paysages de qualité.

Les paysages sont en constante évolution : exemple en trois périodes clés

Le paysage évolue constamment, tant dans sa matérialité que dans sa perception, souvent de manière lente et imperceptible, parfois suivant des mutations rapides et radicales. La conscience que nous avons de ces évolutions est en général très limitée, soit parce que nous n’avons pas souvenir des anciens paysages, soit, plus simplement, parce que nous ne les avons connus ni en réalité ni en images. Les blocs-diagrammes présentés sont un essai de reconstitution des paysages, non seulement pour mieux comprendre leurs caractères et leurs valeurs, mais également pour mieux mesurer les évolutions passées.

Le moyen Age, troubles et créations urbaines

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Les paysages sont en constante évolution - Le Moyen-Age
Le bloc-diagramme présenté ici ne couvre pas l’ensemble des paysages de Lot-et-Garonne. Ce bloc synthétique est décliné à trois périodes clés afin de mettre en évidence les évolutions caractéristiques.
Une période troublée avec une population peu nombreuse.

C’est à l’époque de la création des bastides, militaires et commerciales à la fois, fondées par des princes rivaux (anglais, français, toulousain) que se fixe l’armature urbaine que nous connaissons aujourd’hui, à quelques exceptions près. De nouvelles implantations villageoises apparaissent alors : sauvetés, castelneaux et bastides. Les villages perchés, juchés sur des buttes et des crêtes, sont hérités de cette période de troubles et de conquêtes. De nombreux hameaux essaiment avec quelques bâtisses groupées autour d’une chapelle.
Aux XI et XIIe siècles, de nombreux établissements monastiques voient le jour dont quelques grandes abbayes, Moirax, Clairac, Saint-Maurin, Eysses. Cette effervescence religieuse se traduit également par la construction de nombreuses chapelles disséminées sur le territoire, reflet de la dispersion des populations habitant au plus près des terres à travailler.

Une progressive mise en valeur du territoire.

Les massifs forestiers sont encore nombreux, formant des réserves de chasse pour la noblesse. Les petits bois sont souvent pâturés par le bétail.
L’agriculture vivrière et d’autarcie valorise les microparticularités des terroirs locaux. Les productions de subsistance (châtaignes, noix, céréales, élevage) mobilisent beaucoup de travail. Au XV ème siècle, à la fin du Moyen-Age, débute la culture du pruneau.
Les déplacements sont lents, les ponts sont rares, les traversées des rivières se font essentiellement par des bacs.

Le XIXe siècle, la révolution industrielle

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Les paysages sont en constante évolution - Le XIX ème siècle
Le bloc-diagramme présenté ici ne couvre pas l’ensemble des paysages de Lot-et-Garonne. Ce bloc synthétique est décliné à trois périodes clés afin de mettre en évidence les évolutions caractéristiques.
Toutes les ressources du territoire sont mobilisées : eau, forêt, minerais, sols…

Dans les vallées, les villes s’affirment créant des faubourgs autour du cœur ancien. La croissance urbaine reste toutefois modeste car le département subit une dépopulation. (Maximum démographique en 1841 avec 347 000 habitants, 240 000 habitants en 1921) Dans les villes, les espaces publics participent à l’hygiène et à l’embellissement : places, avenues, boulevards, tours de bourgs sont ainsi aménagés. Les arbres exotiques (cèdres, cyprès…) marquent de leurs silhouettes les paysages Lot-et-garonnais. Les villages perchés ont relativement peu évolué, le relief devenant un handicap pour le développement urbain en temps de paix.
Les moulins à vent (480 moulins à vents dans le département en 1810) et à eau vont progressivement perdre de leur importance avec l’émergence des nouvelles énergies (vapeur, puis électricité).
L’industrie exploite les ressources du territoire. De 1730 à 1850, le métier à tisser ne cesse de progresser. Des fabriques s’installent dans les vallées : forges, papeteries, textile. Les hauts fourneaux de Fumel transforment le minerai de fer à partir de 1847.
Un nouveau réseau de transport est créé permettant des déplacements plus sûrs et plus rapides : voies ferrées, canaux, rivières navigables, routes, ponts. Les grandes infrastructures sont accompagnées de plantations d’arbres d’alignement qui assurent ombrage et tenue de la structure.

Un optimum de mise en valeur agricole du territoire

De nombreux défrichages et déforestations se sont succédés au bénéfice d’une valorisation agricole intense du territoire. Les bois qui recouvraient les sols de grave ont progressivement été transformés en vignes, notamment sur les terrasses de la Garonne.
Le moindre arpent de terre est mis en valeur. Fermes et hameaux agricoles sont dispersés sur tout le territoire. L’exiguïté du parcellaire témoigne de l’importance de la population paysanne. C’est une fine mise en valeur des terroirs avec un petit parcellaire en lanière où cultures, élevage et arbres sont étroitement associés.
C’est le début de la spécialisation de certains terroirs permise grâce à l’amélioration des transports. Les cultures pour l’industrie se développent dans les grandes vallées : chanvre, lin, tabac …. L’essor des vergers devient important en Lot-et-Garonne à la fin du XIXe siècle. L’assainissement des Landes commence à partir de 1856 avec la création de fossés de drainage et la plantation massive en pin maritime.

Le XXe siècle, la révolution du pétrole

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Les paysages sont en constante évolution - Le XXI ème siècle
Le bloc-diagramme présenté ici ne couvre pas l’ensemble des paysages de Lot-et-Garonne. Ce bloc synthétique est décliné à trois périodes clés afin de mettre en évidence les évolutions caractéristiques.

A partir de la mise à disposition d’une énergie peu chère, le modèle paysager change radicalement. La géographie et la logique des lieux deviennent secondaires face à la puissance des moteurs.

Le tout voiture

L’amélioration des routes, la création des voies rapides changent la notion de distance. Avec la voiture, les déplacements s’accélèrent et les distances se mesurent désormais en minutes et non plus en kilomètres. Avec la concurrence du chemin de fer et de la route, la voie d’eau perd son usage commercial et devient une voie touristique.

L’essor des villes

Les villes se développent rapidement à partir des années 1960. Habitat collectif puis maisons individuelles et zones d’activités dilatent le territoire des villes et changent le paysage urbain. La lecture du site urbain originel est souvent effacée par ces extensions. Dans les campagnes la diffusion de la maison individuelle brouille la limite entre village et champs.

L’agriculture industrielle

L’agriculture ne vise plus à nourrir la population locale, mais à répondre à une demande nationale et mondiale. L’agriculture transforme profondément le paysage en adaptant ses structures au travail mécanisé. Avec le tracteur, la taille des parcelles augmente, les arbres et les haies régressent et les chemins sont moins nombreux. Dans les zones de grandes cultures, le paysage s’ouvre largement. La culture du maïs hybride, apparu vers 1930, se développe. L’irrigation se généralise permettant une grande variété de productions : fruits, légumes, semences, céréales, oléo-protéagineux… les parcelles sont désormais spécialisées. Les films plastiques, les tunnels et les serres ponctuent le paysage.
Les peupleraies se répandent dans les grandes vallées à partir des années 60, prenant la place des prairies humides. Le département devient le premier producteur de peupliers de la région Aquitaine.
A partir des années 1980 le recul de l’élevage entraîne un abandon des terrains pentus qui se referment et s’enfrichent.