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Le paysage, mais de quoi parle-t’on ?

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« Paysage : étendue de pays qui s’offre à la vue »
P comme Paysage, Larousse 1950
Qu’est-ce qu’un paysage ? De nombreux spécialistes en ont donné des définitions, mais sans doute le plus simple est de commencer par la définition des dictionnaires : « Paysage : partie d’un pays que la nature présente à un observateur » (Petit Robert) ; « Paysage : étendue de pays qui s’offre à la vue » (Petit Larousse illustré). Ces définitions illustrent bien que la notion de paysage se situe au carrefour d’éléments objectifs, « l’étendue d’un pays » et d’une perception subjective « le regard de l’observateur ».

Travailler sur le paysage impose donc d’associer ces deux approches, d’un côté la compréhension de l’organisation du « pays » et de l’autre la perception que l’on a de ce « pays ».

« La notion de paysage se situe de façon exemplaire à l’entrecroisement de la nature et de la culture, des hasards de la création et de l’univers et du travail des hommes. » Pierre Sansot, Variations paysagères

Le paysage c’est :
- un ensemble d’éléments naturels et humains
- le fruit d’une histoire
- un patrimoine commun
- une richesse culturelle
- un cadre de vie quotidien
- l’image du Lot-et-Garonne
- un atout pour le développement
- … et un espace de projets


Regards individuels, regards collectifs

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Le croisement des regards permet de faire émerger des valeurs communes à l’époque et à la société où nous vivons sur lesquelles il est possible de s’appuyer pour un projet de paysage

La Convention européenne du paysage a proposé au niveau européen une définition commune du paysage : « Partie du territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et ou humains et de leurs interrelations. »
Cette définition est au cœur du travail réalisé dans cet atlas des paysages de Lot-et-Garonne. Cette convention considère le paysage comme un projet social, issu d’un regard partagé par les habitants. La subjectivité avec laquelle le paysage est étudié n’est alors plus individuelle -celle de l’observateur- mais collective -celles des populations-.

Le regard sur le paysage n’est ni unique, ni homogène...

Déchiffrer le paysage implique de faire appel à plusieurs regards, celui du géographe, de l’écologue, de l’agronome, de l’historien, de l’artiste, mais aussi, bien sûr, celui de l’agriculteur, de l’élu, de l’habitant et du visiteur… Chaque personne possède en soi, un ou plusieurs de ces regards.
« Le paysage n’est pas un lieu, mais un regard sur un lieu. Or il y a trois grands types de regards, tous trois légitimes, mais ne conduisant pas aux mêmes appréciations. Les regards esthétiques, regards formés, ceux qui ont justifié que l’on classe des sites. Ces regards dépendent des références culturelles. Les regards informés, qui dépendent d’un savoir. L’agronome ne voit pas le même paysage que l’écologue ou le géomorphologue. Les regards initiés : ceux des personnes qui connaissent les lieux, les fréquentent. Ce sont des regards endogènes, intérieurs aux territoires. » Raphaël et Catherine Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement.

... mais les subjectivités peuvent se rejoindre, s’enrichir

Chacun apprécie ou non un paysage en fonction de ses critères personnels, liés à son histoire, à sa sensibilité, à son mode de vie, à ses propres repères. Mais nos regards sont aussi façonnés par des éléments communs à l’époque et à la société où nous vivons. Ainsi, la haute montagne ou les paysages de marais, qui ont longtemps gardé une image très négative, sont aujourd’hui très valorisés et protégés par la loi. La peinture, la photographie ou le cinéma ont une influence très importante sur nos critères de jugement des beaux paysages. Le travail du paysagiste est à la fois de proposer une lecture qui lui soit propre et de mettre en relation toutes ces visions pour faire partager un même regard sur le paysage et enclencher ainsi une dynamique de projet.

Agir en faveur du paysage nécessite de travailler à la fois sur l’espace physique et sur le regard

L’action paysagère peut prendre selon les cas plusieurs directions allant du projet d’aménagement qui transforme les lieux, au projet de gestion ou de protection ou à un travail artistique ou d’argumentation qui modifie la perception des lieux par les habitants. Dans bien des cas les projets associent d’ailleurs plusieurs de ces pistes d’action.


Quelques définitions du paysage

Partie du territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et ou humains et de leurs interrelations. Le paysage participe de manière importante à l’intérêt général, sur les plans culturel, écologique, environnemental et social,(…) il constitue une ressource favorable à l’activité économique, dont une protection, une gestion, et un aménagement appropriés peuvent contribuer à la création d’emploi.
(…)Le paysage concourt à l’élaboration des cultures locales(…) il représente une composante fondamentale du patrimoine culturel et naturel de l’Europe, contribuant à l’épanouissement des êtres humains et à la consolidation de l’identité européenne.(...) Le paysage est partout un élément important de la qualité de vie des populations : dans les milieux urbains et dans les campagnes, dans les territoires dégradés comme dans ceux de grande qualité, dans les espaces remarquables comme dans ceux du quotidien. Source : Convention européenne du paysage

Le paysage est le visage d’un pays. PAYS, du latin pagus : contrée. Le paysage est tout d’abord un genre artistique, apparu à la Renaissance : « la vue de paysage ». C’est, en 1690, « l’aspect d’un pays, le territoire jusqu’où la vue peut porter ». Trois siècles plus tard, le mot exprime toujours la perception qu’a l’homme de son espace de vie.
Étym. : ce que l’on voit du pays, d’après le mot italien paesaggio, apparu à propos de peinture pendant la Renaissance ; ce que l’œil embrasse... d’un seul coup d’œil, le champ du regard. Le paysage est donc une apparence et une représentation : un arrangement d’objets visibles perçu par un sujet à travers ses propres filtres, ses propres humeurs, ses propres fins (…). Il n’est de paysage que perçu. Certains de ses éléments n’ont pas attendu l’humanité pour exister ; mais s’ils composent un paysage, c’est à la condition qu’on les regarde. Source : « Les mots de la géographie » Roger Brunet

Le paysage est une richesse culturelle. Les paysages sont la partie la plus visible de la personnalité de chaque région, de chaque pays. Ils témoignent de l’originalité et de la diversité des cultures qui les ont modelés. Ils offrent aujourd’hui des repères et forgent des références qui contribuent à nourrir nos sensibilités actuelles, notamment esthétiques, individuelles et collectives. Ils s’adressent aux sens avant d’intéresser la raison. Ils sont l’expression des organisations sociales et juridiques de chaque communauté, de leur inventivité et de leur capacité à s’adapter et à mettre en valeur leur environnement. L’extrême variété des paysages français constitue une des richesses de notre pays. Elle permet une gamme très étendue d’expériences sensibles et de façons d’appréhender la réalité.
Depuis quelques décennies, cette diversité est mise à mal par la généralisation de modèles d’aménagement et de développement qui tendent à s’affranchir des territoires, autrement dit qui imposent des normes très éloignées des singularités du milieu. En agriculture, la généralisation du maïs ensilage du sud au nord de la France en est un bon exemple. Il en est de même en urbanisme, avec la multiplication de lotissements conçus selon des logiques hors sol, posés là sans lien avec le territoire. Source : « Paysage et agriculture, pour le meilleur » Régis Ambroise et Monique Toublanc