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Nouveaux regards

Peintures de paysages et images du patrimoine, cartes postales, photos et vidéos de la communication touristique… sont des vecteurs de la promotion territoriale et façonnent notre imaginaire des paysages. Pourtant, à côté, émergent d’autres façons de regarder et de représenter autour de supports plus inattendus : land art ou installations d’œuvres contemporaines in situ, médiations autour du paysage et du patrimoine, balades paysagères, observatoires, reconstitutions historiques… Il s’agit le plus souvent moins de représenter que d’encourager l’expérience du rapport sensible au paysage. Dans le Lot-et-Garonne aussi, ces nouvelles manières existent et dessinent de nouvelles appropriations des paysages du département.

Résidence d’artistes, Pollen à Montflanquin

A Monflanquin, l’association Pollen fait vivre une résidence d’artistes depuis de nombreuses années. L’association née au début des années 2000 invite un artiste qui, dans la bastide, trouve là un temps et un lieu pour créer. Inspiré par les lieux, son travail ne rend pas forcément compte directement de cette imprégnation. Quelques uns d’entre eux, notamment des photographes, ont livré cependant des œuvres « représentatives » des paysages de la bastide et de ses environs.

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Christian Garrier, Cancon ; Escassefort ; Monbahus, videos
Christian Garrier
Images extraites de La 25e heure, dvd interactif (commande du Caue de Lot-et-Garonne et de l’association Pollen, résidence d’artiste à Monflanquin), 2008

voir aussi : Représentations et images des Collines de Guyenne

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Cuzorn, extrait d’une série de 8 cartes postales de Kristof Guez et Marc Pichelin, 2010
Artistes invités par Pollen (Pôle régional de ressources artistiques et culturelles basé à Montflanquin dans le Lot-et-Garonne)
Kristof Guez et Marc Pichelin

Voir aussi : Représentations et images du Val Lémance

L’art dans le paysage, le parcours artistique de la Garonne

Arterre est issu d’un projet de coopération européenne New Landscapes For Sustainability dont l’ambition est de sensibiliser les citoyens au trio paysages/patrimoine/cours d’eau, au travers de l’art et de la culture. Sous-titré « Le Réseau du Paysage », il fédère quatre territoires : deux en Italie, un en Finlande et un en France, le « Pays Val de Garonne Gascogne », représenté par Val de Garonne Agglomération. Dans ce cadre a été créé en 2014 un parcours artistique le long du canal de Garonne entre Villeton et Meilhan-sur-Garonne.

Voir aussi : Représentations et images de la Vallée de Garonne

Pour les initiateurs du projet, les œuvres présentées devaient s’ancrer « au cœur du paysage naturel et faire découvrir le patrimoine paysager à travers le regard d’artistes contemporains  ». Ce parcours s’inscrit ainsi dans la volonté du Pays Val de Garonne Gascogne de construire « une stratégie de développement autour de la valorisation paysagère comme vecteur puissant de l’attractivité territoriale. [1] »

A l’été 2014, 18 œuvres ont été installées sur la voie verte ou à proximité créant une exposition à ciel ouvert à la fois ludique et artistique. Parcours éphémère, il ne reste rien des œuvres installées, sinon une video visible sur le site Internet de Val de Garonne Agglomération

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Guillaume Renou, Pink Spaceship, Le côté rose de la force, 2014
« Cette œuvre évoque le début d’un voyage, une réflexion ethnologique sur le passage d’une époque à une autre. (…) Ce vaisseau métallique moderne pourfendant l’espace est devenu rose et léger, avançant au-dessus du canal comme dans un flux, vers un engouffrement de notre culture, vers une préciosité pink et pailletée. Qu’est devenue « la force » ? Que sont devenus les valeurs, les modèles transmis par nos pères ? Où allons-nous ? Quelle est notre place dans l’immensité de l’univers ? »
Sud-Ouest

Parallèlement à cette commande publique, la galerie d’art Egrégore de Marmande a organisé un grand concours européen de peinture de paysages renouvelant ainsi la commande autour d’une pratique aujourd’hui quelques peu délaissée.

Médiation paysagère et site d’interprétation

Le CEDP 47 développe depuis 15 ans un important travail de médiation autour du paysage et du patrimoine. L’association propose des « lectures » de paysages pérennes (à Monbahus par exemple) ou occasionnelles lors de « balades paysagères » accompagnées et commentées. Ces dernières associent volontiers à la promenade paysagère les plaisirs de la dégustation de produits du terroir ou la découverte de l’artisanat local [2].

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Monbahus, un aménagement pour l’interprétation du paysage
Des aménagements pour lire et interpréter le paysage mis en place par le CEDP 47 à Monbahus
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Monbahus, une site d’interprétation du paysage

Voir aussi : Monbahus, un parcours de découverte du paysage
et Représentations et images des collines de Guyenne

Les paysages historicisés de Garonne

La vallée de la Garonne concentre à elle seule trois des initiatives les plus remarquables en matière de renouveau du regard sur le paysage. Cette vitalité est sans doute à rapprocher des enjeux qui sont liés à cette portion du territoire lot-et-garonnais.

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Une fiche de l’Observatoire photographique des paysages du Val de Garonne

En plus d’Arterre, parcours artistique le long du canal entre Villeton et Meilhan-sur-Garonne, l’agglomération Val de Garonne a mis en place un observatoire photographique des paysages qui a vocation à évaluer leur évolution dans le temps. L’observatoire est ainsi à la fois producteur d’images historicisées et révélateur de « représentations sociales » qu’il aide à faire émerger par le recueil de paroles d’habitants.

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Couthures-sur-Garonne, la Maison des Gens de Garonne
Quand paysage, histoire et traditions se croisent.

Le travail fait par l’association Gens de Garonne inscrit la découverte des paysages du fleuve dans sa relation avec ses habitants et ses usagers. Par son succès, cette démarche entre histoire et ethnographie, crée de nouvelles représentations paysagères des bords de Garonne.
« Meilhan-sur-Garonne et « sur canal ». Avec la lecture des panneaux historiés implantés sur le Tertre, vous découvrirez l’histoire de cette ville qui surplombe de plus de 40 mètres le fleuve et son canal, creusé en 1841. La Citadelle, implantée au Moyen Age était protégée de fortes murailles flanquées de quatorze bastions, de deux chemins couverts et de hautes tours. La Brèche des Anglais doit son nom au fait d’armes des armées du Comte de Derby qui percèrent la muraille pour investir la Citadelle en 1345. Dans le vaste panorama qui s’étend des confins des coteaux de La Réole à ceux de Tonneins apparaissent Jusix, nichée dans la boucle du fleuve, les clochers de Couthures-sur-Garonne, Sainte-Bazeille et Marcellus, la tour du château d’eau de Marmande et les coteaux de Castelnau-sur-Gupie, Beaupuy et Nicole [3].
La Maison de Garonne à Couthures-sur-Garonne propose, en plus d’une exposition permanente multimédia, une série d’activités comme des balades en bateau sur le fleuve. Ce « musée », par sa vocation historique et pédagogique, contribue à révéler les représentations existantes et à en créer de nouvelles.

Renouveler les représentations paysagères, un enjeu ?

A l’initiative le plus souvent des collectivités locales ou soutenus par elles, les projets autour de la représentation et la médiation des paysages montrent l’intérêt qu’ils suscitent et les efforts consentis par certaines collectivités dans ce domaine. Mais malgré leur intérêt, leur écho auprès du grand public reste limité. Parce que les images de paysages sont essentiellement diffusées dans le cadre de l’économie du tourisme ou dans celui du marketing territorial, leur renouvellement pourrait efficacement, dans un souci pédagogique mais également de développement, investir ces secteurs. Là pourrait se trouver un terrain favorable et suffisamment large pour faire émerger durablement de nouveaux regards, des motifs singuliers, oubliés ou délaissés.

[1In :Newlandscapes for sustainbulity, Appel à projet, Pays de Garonne-Gascogne, 2014

[2Exemple de présentation de balade paysagère par le CEDP 47. « Saint-Robert, Pays de Serres.
En partant du village de Saint-Robert, découvrez les caractéristiques du Pays de Serres à travers le charmant vallon de Bonassiès. Des paysages tour à tour intimistes ou plus ouverts sur la vallée de la Petite Séoune s’offrent à vous au fil de la balade, que nous terminerons par une pause gourmande. »

[3Extrait du texte accompagnant la fiche de randonnée autour de Meilhan sur Garonne éditée par le CDT de Lot-et-Garonne.