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L’étalement urbain, la ville qui déborde

L’étalement péri-urbain à partir des années 60/70

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Villeneuve-sur-Lot, évolution urbaine entre 1958 et 2012
Sur ces deux cartes à même échelle, l’évolution de l’enveloppe urbaine est spectaculaire. En cinquante ans, l’agglomération villeneuvoise a progressivement occupé l’ensemble du fond de la vallée du Lot.

A partir de l’après-guerre, progressivement la voiture va se démocratiser et modifier la notion des distances. Du trajet donné en kilomètres, on va passer au trajet quantifié en minutes. Les distances étant “raccourcies”, la ville va s’étendre, voir s’étaler. Désormais chaque ville se voit ainsi cernée par des lotissements pavillonnaires composés d’une succession de maisons individuelles. Généralement de plain-pied, la maison est construite dans une parcelle, sans souci d’alignement ni de cohérence avec la rue ou avec le voisin. Le terrain est souvent fermé par une haie, ce qui souligne le parcellaire. Ce mode d’habiter n’est pas propre au Lot-et-Garonne mais il y est très fréquent et très visible.
L’étalement urbain concerne alors toutes les communes, des plus importantes aux plus petites. La plupart des communes voient leur superficie bâtie multipliée par trois ou quatre. La conséquence de ces modèles de construction largement répandus est la banalisation des paysages urbains, en particulier des entrées de ville, la perte de repères et l’effacement de la notion de contexte et de territoire.

Evolution des surfaces artificialisées entre 2006 et 2013 en Lot-et-Garonne
2006   2010   2012   2013  
Surface artificialisée en ha   47 900   50 050   53 950   56 500  

Sources : Agreste Aquitaine et Insee

La ville efface son site

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Monflanquin, évolution urbaine entre 1970 et 2014
Le bâti peu dense en périphérie du bourg forme le premier plan de la bastide et amoindrit la lecture du site. (Source « Lot et Garonne Richesse de la France » 1971 et vue aérienne 2015)

L’étalement urbain s’est produit en totale rupture avec les silhouettes et structures urbaines préexistantes. Noyées dans une gangue pavillonnaire et de zones d’activités, de nombreuses villes ont ainsi perdu la lisibilité de leur site d’implantation originel, d’où une banalisation des paysages urbains du département. C’est notamment le cas pour les bourgs et villes implantées en vallée où l’absence de contraintes topographiques a permis bien souvent un large étalement urbain. Les villages perchés ont mieux résisté à ce phénomène grâce au relief, mais leurs versants les moins raides ont souvent été colonisés par des lotissements, quand une ville basse ne s’est pas étalée à leurs pieds. Ce constat est mis en exergue par la présence de nombreuses bastides dont le charme est issu d’une volonté politique forte de maîtrise de l’urbanisme.

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Monflanquin, panorama depuis le tour de ville, évolution entre le début du XXe siècle et 2014
L’étalement urbain aux pieds de la bastide est particulièrement visible depuis la ville haute. La limite entre ville et campagne se brouille créant un paysage intermédiaire sans grand attrait.

Le centre-bourg aux volets fermés

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Corollaire de l’étalement urbain en périphérie, les habitations des centres bourgs souffrent d’un manque d’investissement qui entraine une vacance importante des logements. Saint- Front-sur-Lémance

Le corollaire d’une croissance urbaine en périphérie des villes et des bourgs est dans bien des cas la déprise du centre-ville. Le modèle de la maison individuelle à en quelque sorte « déclassé » ceux de la maison de ville mitoyenne ou de l’appartement. Dès lors les logements des centres villes ont souffert d’un manque d’investissement qui progressivement a provoqué un vieillissement du parc immobilier et une vacance importante des logements.
Le parc privé se caractérise par des logements vieillissants (42 % datent d’avant 1948) et une proportion importante de logements qualifiés de dégradés ou très dégradés, sans pour autant être indignes (26 à 31 % du parc). 14 846 logements, soit 12,33 % du parc, sont inoccupés contre 8,71 % en Aquitaine et la vacance se concentre en volume dans les principales villes des vallées de la Garonne, du Lot et de la Baïse. Un noyau dur de 1 653 logements potentiellement indignes subsiste également sur ces secteurs. (Source : Plan départemental de l’habitat de Lot-et-Garonne - 2011)

Le mitage des collines

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Montagnac-sur-Auvignon, évolution du bâti entre 1947 et 2012
L’évolution de la silhouette de Montagnac bien que modérée, est considérable. Le village a ainsi plus que doublé sa superficie en privilégiant des maisons individuelles non mitoyennes. L’extension est en rupture avec le bâti ancien aux maisons mitoyennes groupées. Dans un territoire ou l’habitat isolé était traditionnel, la maitrise urbaine s’est avérée difficile. Le mitage bâti est donc important. Source photographies IGN

L’étalement urbain ne s’est pas cantonné aux abords des villes, il s’est également propagé en zone rurale toujours sous le modèle de la maison individuelle, implantée alors sur de plus vastes parcelles car le foncier y est plus abordable. De façon plus diffuse, le territoire agricole s’est ainsi bâti. De nombreuses maisons d’habitation se sont implantées dans des écarts ou des hameaux, contribuant ainsi à un mitage du parcellaire agricole, par petites tâches ou le long de quelques routes.